et il n’y a aucun mensonge dans ce qu’il avance. »
Yahyâ rapporte : « Je demeurai silencieux. Al-Maʾmûn me dit alors : « Parle. » Je répondis : « Il cherche à faire entériner sa prétention ; il dispose pour cela d’un argument vénusien et mercurien, mais la validation de ce qu’il revendique n’aboutira pas. » – « Sur quoi t’appuies-tu ? » demanda le calife. Je repris : « Parce que l’authentification des prétentions dépend de Jupiter, [et du trigone ou du sextile du Soleil, pour peu que celui-ci ne soit pas affligé ; or cet ascendant les contredit, puisqu’il correspond à la chute de Jupiter] (1). Certes, Jupiter l’aspecte (2) d’un regard favorable, mais il déteste ce signe ; aussi ni confirmation ni ratification ne lui seront accordées. Ce qu’il avance (3) repose uniquement sur un argument mercurien et vénusien : c’est de l’ordre de l’embellissement, du fard et de la tromperie, sans aucune réalité. »
Al-Maʾmûn s’exclama : « Que Dieu te couvre de Sa grâce ! » Puis il ajouta : « Savez-vous ce que prétend cet homme ? » – « Non », répondîmes-nous. – « Il prétend à la prophétie. » Je dis alors : « Ô Commandeur des croyants, a-t-il quelque chose pour étayer sa cause ? » On le questionna ; il déclara : « Oui. Je possède une bague à deux chatons : quand je la porte, il ne m’arrive rien, mais qu’un autre la passe et il éclate de rire sans pouvoir se retenir jusqu’à ce qu’il l’ôte. J’ai aussi une plume du Shâm avec laquelle j’écris ; si quelqu’un d’autre la prend, son doigt demeure immobile. » Je dis : « Mon seigneur, voilà l’œuvre de Mercure et de Vénus. » Al-Maʾmûn lui ordonna de produire les deux objets ; il les exhiba, et il s’avéra qu’il s’agissait d’une sorte de talismans (4).
Al-Maʾmûn le pressa de questions de nombreux jours durant, jusqu’à ce qu’il avouât, renonçât à sa prétention prophétique et décrivît toute la ruse.