Observe encore leur unanimité : selon eux, dès que les planètes se réuniraient dans le signe de la Balance, surviendrait ce « déluge aérien » ; ils étaient certains qu’elles s’y retrouveraient justement à la date annoncée — et pourtant le cataclysme n’eut jamais lieu !
Autre exemple : sous le gouvernement saladien (1) et d’après le jugement de Saturne et d’ad-Dâlî (le Verseau) (2), ils avaient décrété qu’aucun gouverneur issu des Ghuzz (3) ne mourrait jamais à Alexandrie. Or, le très illustre roi Shams ad-Dawla Tûran-shâh ibn Ayyûb ibn Shâdhî y mourut en 575 H, puis son gouverneur Fakhr ad-Dîn Qarâjâ ibn ʿAbd Allâh en 589 H, et, en 605 H, son gouverneur Saʿd ad-Dîn Sûdakîn (4) ibn ʿAbd Allâh. Ainsi la règle s’effondra de fond en comble ; leur assertion fut annulée, racine et branche, si bien qu’un poète de l’époque composa, à la mort de l’émir Fakhr ad-Dîn :
« La sombre mine du port, lorsque s’éteignit sa vie,
déclara que l’astrologue est un menteur qui jamais ne dit vrai. (5)
Si nul gouverneur n’était voué à y périr,
comment Fakhr ad-Dîn aurait-il succombé alors qu’il vivait encore et prospérait ? »
Autre exemple encore : en 615 H, lorsque les Francs assiégèrent Damiette, ils affirmèrent d’une seule voix qu’ils ne manqueraient pas de s’emparer du pays, de mettre sous leur joug les âmes vivant en Égypte, et qu’aucune revanche ne les frapperait avant la venue du Qâʾim des Temps (6).