et les indices des circonstances, liés à l’instauration même d’un État que l’on arrête dans ses principes, et à la fondation d’un socle que l’on consolide, attestent qu’une telle négligence face à un péril aussi grave est absolument inadmissible.
Ô merveille ! Comment se fait-il que l’avance supposée des maçons sur les observateurs n’ait été révélée qu’après la disparition de l’État des impies ? Durant tout le temps de leur domination, l’édifice aurait donc coïncidé avec l’ascendant observé ; quelle imposture dépasserait celle-là ?
Il y eut encore, en 395 H, sous le règne d’al-Ḥâkim (1), leur unanimité pour affirmer que cette année-là verrait s’éteindre en Égypte la dynastie des ʿUbaydides, tout en soutenant, paradoxalement, que leur daʿwa ne s’interromprait pas au Caire. C’était au moment de la révolte d’al-Walîd ibn Hishâm, surnommé Abû Rakwa, l’Omayyade : l’horoscope le désignait comme celui qui mettrait fin à la daʿwa des ʿUbaydides, s’emparerait immanquablement des terres d’Égypte et ferait d’al-Ḥâkim un captif. Pas un seul astrologue du pays n’exprima la moindre réserve ; tous l’affirmèrent, et le plus renommé d’entre eux était le célèbre al-Fikri (2), astrologue personnel d’al-Ḥâkim.
(1) Al-Hakim bi-Amr Allah, calife ‘ubaydid (ismaélien) jugé zindiq, souverain d’Égypte (m. 411 H). Voir : al-Dhahabî, Siyar (15/173).
(2) Les manuscrits citent ici – et partout ailleurs – cette lecture. Dans al-Bayân al-Mughrib d’Ibn ‘Idhârî (1/256) on lit « al-Bakrî » ; il est probable que la lettre fâ’, notée par les Maghrébins d’un seul point souscrit, a été prise pour un bâ’ par l’éditeur. Iʿṭâẓ al-Ḥunafâ (2/47) donne « al-‘Askarî » et Nihâyat al-Arab (28/178) « al-‘Akbarî ».
Il s’agit vraisemblablement d’Abû l-Hasan ‘Alî b. ‘Abd al-Rahmân b. Ahmad b. Yûnus b. ‘Abd al-A‘la al-Ṣadfî al-Misrî, astrologue attitré d’al-Hakim, auteur du Zîj al-Hâkimî, célèbre tables astronomiques. La description qu’Ibn ‘Idhârî donne du personnage – distraction et faiblesse d’esprit – correspond à la notice du Ṣadfî dans Wafayât al-A‘yân (3/430). Qu’un autre, « al-Fikri », ait détenu un tel rang sans que son nom ou ses faits soient rapportés par les grandes sources biographiques et historiques de l’époque paraît peu plausible ; je les ai toutes vérifiées.
Seul point litigieux : aucune source ne mentionne cette nisba insolite pour al-Ṣadfî, et elles situent sa mort subite en Shawwâl 399 H, tandis qu’al-Maqrîzî, Ibn ‘Idhârî et al-Nuwairî placent la mort d’« al-Fikri » (exécuté) en 394 H. Il se peut que cette nisba soit secondaire et soit passée inaperçue. Une mort « subite » n’exclut pas un assassinat ordonné par al-Hakim ; elle l’expliquerait même : le calife a pu le faire empoisonner secrètement. Quant à la divergence de dates, on peut la comprendre : al-Hakim ayant ordonné en 394 H l’exécution des astrologues, certains auteurs ont cru qu’il périt alors, en raison de sa célébrité dans la discipline.