Or, lorsque Asad ad-Dîn Shîrkuh ibn Shâdhî s’empara de la ville, puis que son neveu, al-Malik an-Nâṣir Ṣalâḥ ad-Dîn Yûsuf ibn Ayyûb, régna à son tour, les Égyptiens continuaient néanmoins à faire porter leur daʿwa au nom d’al-ʿÂḍid ʿAbd Allâh ibn Yûsuf. Les ignorants s’imaginèrent alors que les affirmations des astrologues d’autrefois étaient véridiques : la langue avait certes changé, pensaient-ils, mais la situation de la daʿwa demeurait intacte.
Lorsque Ṣalâḥ ad-Dîn rendit la daʿwa aux Banû al-ʿAbbâs, la réalité éclata, toute ambiguïté se dissipa et le mensonge des astrologues apparut au grand jour — louange à Allah, Seigneur des mondes.
Il s’était écoulé environ cent quatre-vingt-treize ans entre la pose de la première pierre et l’extinction de l’État de ces impies.
La disparition de leur dynastie ruina les jugements des astrologues, ravagea leurs demeures, déchira leurs voiles, dévoila leurs secrets ; et Allah, exalté soit-Il, fit proclamer leur démenti et la réfutation de leurs prétentions par la bouche des élites comme du commun. Certains finirent même par s’excuser, arguant que les maçons auraient devancé les observateurs dans la mise en place des fondations ⦗1⦘.
Une telle imposture et une telle impudence ⦗2⦘ ne sont guère surprenantes de leur part : si les choses s’étaient réellement passées ainsi, tous ceux présents auraient aussitôt constaté la modification de l’édifice. En effet, s’ils avaient nourri le moindre doute — fût-ce d’une avance ou d’un retard, ne serait-ce que d’une minute dans le calcul — ils ne l’auraient jamais toléré, tant étaient réunis les motifs suffisants, l’obéissance manifeste et une vigilance poussée à son comble. Or changer ou déplacer une pierre, l’enlever pour la remettre ailleurs, n’exige ni grand effort ni peine de la part des maçons, et les indices des circonstances