pour pénétrer dans les territoires égyptiens, conformément à l’ordre que lui avait adressé depuis le Maghreb (1) son maître de s’y introduire au nom de la daʿwa ; il lui avait également prescrit, une fois entré, d’y fonder une immense cité dont les étoiles de l’ascendant se trouveraient dans l’alignement le plus parfait (2) et dont l’horoscope serait placé sous l’astre conquérant, c’est-à-dire Saturne — ou Mars, selon une divergence de lecture (3).
Jawhar, le commandant, rassembla donc les astrologues du pays et ordonna à chacun de vérifier et de parfaire ses calculs d’observation. Il enjoignit aux maçons de ne poser la première pierre qu’au signal : « Posez-la ! », et de demeurer constamment prêts (4), vigilants et prompts, afin de coïncider avec l’instant que les observations de ce groupe avaient fixé d’un commun accord. Les fondations furent ainsi jetées à ce moment précis, et l’on appela la ville al-Qâhira — « la Conquérante » —, allusion, selon leur prétention mensongère, à l’astre conquérant.
Tous convinrent alors que l’heure choisie pour sa construction garantissait la permanence de leur fortune, de leur bonheur et de leur dynastie, et que la daʿwa qu’elle abriterait ne sortirait jamais du giron fâtimide, même si les langues arabes ou étrangères venaient à la relayer.