et que la victoire reviendrait à son ennemi, mais Allah lui accorda de les contredire ; Il ouvrit, par ses mains, ce qui demeurait clos, et leur mensonge comme leurs conjectures, que la masse ne tenait jusque-là que pour d’hypothétiques rumeurs (1), devinrent des réalités tangibles. Il conquit ʿAmmûriyya ainsi que toutes les forteresses et citadelles qui l’entouraient ; ce fut là l’une des plus grandes victoires jamais comptées.
Lors de cette prise, Abû Tammâm at-Taʾî se leva et déclama, devant la foule rassemblée :
Le glaive est un témoin plus véridique que les écrits ;
son tranchant trace la frontière entre le sérieux et le jeu.
Les lames blanches, non les pages noircies :
dans leur acier se dissipe le doute et l’hésitation.
La science flamboie aux météores des lances,
entre deux armées rangées, non dans les sept étoiles (2).
Où sont donc les récits, où donc les astres,
et le décor mensonger qu’ils leur ont prêté ?
Conjectures et propos rafistolés,
ni source première ni affluent lointain (3).
Ils ont crié miracle, prétendant que les jours s’enfuiraient (4)
en « Safar des Safars » ou au mois de Rajab.
Ils effrayaient le peuple d’un désastre ténébreux
lorsque paraîtrait la comète occidentale, traînant sa queue.
Ils rangeaient les hautes constellations en ordres savants,
réglant le retournement des choses ou leur maintien.
Ils rendaient sentence en leur nom tandis qu’elles l’ignoraient,
occupées à tourner dans leur sphère et autour de leur pôle.
Si jamais elles avaient révélé quoi que ce soit avant l’heure,
nul n’aurait ignoré le sort réservé aux idoles et à la croix.