la vigueur de son propre astre et de celui d’Ibn al-Ashthar. Il ajouta : « Par Allah, je sais bien que tout cela n’est rien ; pourtant, lorsque nous n’étions encore que deux enfants (1), une dispute éclata entre lui et moi à propos de pigeons avec lesquels nous jouions. Il me renversa à terre, s’assit sur ma poitrine et s’écria : “Par Allah, c’est moi qui te tuerai ; nul autre que moi ne le fera, si Allah le veut.” Or, c’est précisément cette réserve ― “si Allah le veut” ― qui m’effraie ! »
L’astrologue détourna alors son maître vers la doctrine arrêtée par ses pairs : la force de son astre rendait cette crainte illusoire, et le verdict des étoiles l’emportait sur l’illusion. Allah, exalté soit-Il, donna pourtant réalité à ce que l’on croyait chimère et anéantit l’arrêt du thème astral !
Parmi leurs égarements, citons encore ceci : lorsque la construction de Bagdad fut achevée, en l’an 146 H, ils convinrent tous que l’horoscope de la ville décrétait qu’aucun calife n’y mourrait (2). La rumeur prit tant d’ampleur que les poètes en félicitèrent même al-Manṣûr (3). L’un d’eux déclama :
« Puisse-t-elle te combler, cette cité où — nous en sommes assurés —
la mort te sera interdite !
Car l’arrêt rendu par l’astre de son heure
veut qu’on n’y voie jamais un imam expirer. »
La mort d’al-Manṣûr en route pour La Mecque, puis celle d’al-Mahdî à Mâsabadhân (4), d’al-Hâdî à ʿIsâbâdh (5) et enfin d’ar-Rachîd à Tûs (6) ne fit que conforter cette chimère dans l’esprit des simples ; or, lorsque