de là, car c’est pour toi que Je l’ai créée. Quant à Moi, Je n’ai nul besoin d’elle ni d’aucune chose : Je suis le Généreux, le Noble Donateur. Je n’y prends aucun plaisir, car c’est Moi qui nourris sans être nourri ; Je suis le Riche, le Digne de louange. Descends plutôt vers la demeure des semailles ; lorsque tu auras semé, que la plante se sera dressée sur sa tige et qu’elle sera mûre pour la moisson, alors reviens en reprendre la récolte (1) au moment où tu en auras le plus grand besoin : chaque grain (2) te sera compté dix fois, puis jusqu’à sept cents fois, et même à des multiples bien plus nombreux encore. Je connais mieux que toi ce qui t’est profitable ; Je suis l’Omniscient, le Sage.
S’il est objecté : « Les arguments que vous avancez, et d’autres du même ordre, ne tiennent que si vous affirmez que le jardin qu’Adam habita puis qu’il quitta est bien le Jardin d’éternité préparé pour les pieux croyants au Jour de la Résurrection ; c’est alors seulement que se révèle le secret de sa descente (4) et de son expulsion. » — un groupe, parmi lesquels Abû Muslim (5), Mundhir b. Saʿîd al-Ballûtî (6) et d’autres, a toutefois soutenu qu’il s’agissait
(1) (T) : « fa asuqahu ».
(2) (T) : « al-hasana » (la bonne action).
(3) (Q) : « qila » (il fut dit).
(4) (H) : « Ihbat Adam » (la descente d’Adam).
(5) Muḥammad b. Baḥr al-Asbahani, dit al-Muʿtazili (m. 322 H) : il composa un volumineux tafsîr qui ne nous est pas parvenu. Voir : Muʿjam al-udabâʾ, 6/2436 ; al-Wâfî bi-l-wafayât, 2/244.
(6) Le « Qâḍî al-Jamâʿa » de Cordoue (m. 355 H) : notice dans al-Siyar, 16/173, et les sources citées en marge. Son commentaire coranique reste inédit. Ibn Kathîr signale, dans al-Bidâya wa-n-nihâya, 1/176, qu’il consacra un traité indépendant à cette question, sans doute utilisé par l’auteur.
Il fut soupçonné de pencher vers le muʿtazilisme, selon Ibn Ḥazm (Tawq al-ḥamâma, 45), et d’incliner au kalâm, d’après Ibn al-Faradi (Târîkh ʿulamâʾ al-Andalus, 2/144). À mon sens, cette accusation tient seulement à sa position sur le présent sujet et sur d’autres points où son ijtihâd recoupe des opinions répandues chez les Muʿtazila sans constituer leurs fondements. On rapporte qu’il a rédigé plusieurs réfutations des gens de l’innovation, cf. Maṭmaḥ al-anfus, 238 ; Nafḥ al-ṭîb, 1/372, dont une fatwa contre la thèse de la création du Coran, publiée par ʿAbd al-Raḥmân al-Haybâwî en annexe à sa notice biographique (p. 145).