Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Ainsi, lorsque l’âme est privée de sa perfection et de sa droiture – c’est-à-dire de la connaissance de son Créateur et Originateur, du fait qu’Il soit pour elle l’objet le plus aimable, que Sa satisfaction et la recherche des moyens d’accès à Lui soient ce qu’elle chérit par-dessus tout, au point que son souci de L’aimer et de Lui plaire égale celui d’un amant passionné pour satisfaire son bien-aimé irremplaçable –, elle se trouve dans la situation d’un roi dépouillé de son royaume, tombé captif aux mains de ses ennemis qui l’accablent des pires tourments.

Cette souffrance demeure tapie au fond de l’âme ; l’ivresse des passions la masque, le voile de la négligence la recouvre. Mais, lorsque le rideau se lève et que le serviteur est privé de ce qu’il convoitait, il découvre alors la réalité de cette douleur, en goûte l’amertume, et la souffrance, désormais dénuée des écrans qui la dissimulaient, apparaît à nu.

C’est un fait que l’on constate de visu et par l’expérience dans ce monde : les causes capables de meurtrir l’âme et le corps sont bel et bien présentes et prêtes à produire leurs effets, mais la joie que le cœur tire d’un avantage obtenu – richesse, prestige ou rencontre d’un être cher – dresse un écran qui lui dissimule la perception de la souffrance, de sorte qu’il peut ne la sentir aucunement. Que cesse cet élément contrecarrant (1), il en goûte aussitôt l’âpreté et en éprouve la morsure ; quiconque observe son propre état ou celui d’autrui le reconnaît aisément.

Si telle est déjà la situation dans ce monde, que faudra-t-il imaginer lorsque surviendra la séparation, le sevrage d’avec la vie d’ici-bas, le transfert vers Allah et le retour définitif auprès de Lui ?

Que l’homme sensé, perspicace et soucieux de son propre salut médite donc sérieusement cette question et l’installe au centre de ses réflexions (2) ; s’il vient à la comprendre, à en saisir la portée, mais persiste néanmoins dans son indifférence

(1) Le manuscrit T porte : « al-ʿārid » (l’obstacle). (2) Le manuscrit Ṭ lit : « kullu afkārihi » (toutes ses pensées), tandis que le manuscrit Q a « wa-li-yashʿal » — le verbe étant écrit avec la lettre hâ’ non pointée.
فهكذا الروحُ إذا عدمت كمالها وصلاحَها من معرفة فاطرها وبارئها، وكَوْنه أحبَّ شيءٍ إليها، ورضاه وابتغاء الوسيلة إليه آثرُ شيءٍ عندها، حتَّى يكونُ اهتمامُها بمحبته ومرضاته اهتمامَ المُحِبِّ التَّامِّ المحبة بمرضاة محبوبه الذي لا يجدُ منه عوضًا= كانت بمنزلة المَلك الذي ذهب منه مُلكه، وأصبحَ أسيرًا في أيدي أعاديه يسومونه سوءَ العذاب. وهذا الألمُ كامنٌ في النَّفس، لكن يسترُه سُكْرُ الشَّهوات، ويواريه حجابُ الغفلة، حتَّى إذا كُشِفَ الغطاء، وحِيلَ بين العبد وبين ما يشتهي، وجَد حقيقةَ ذلك الألم، وذاق طعمَه، وتجرَّد ألمُه عمَّا يحجبُه ويواريه. وهذا أمرٌ يُدْرَكُ بالعِيان والتَّجربة في هذه الدَّار؛ تكون الأسبابُ المؤلمةُ للرُّوح والبدن موجودةً مقتضية لآثارها، ولكن يقومُ للقلب مِن فرحه بحظٍّ ناله من مالٍ أو جاهٍ أو وِصَالِ حبيبٍ ما يواري عنه شُهودَ الألم، وربَّما لا يشعُر به أصلًا، فإذا زال المُعارِضُ (١) ذاق طعمَ الألم، ووجَد مسَّه، ومن اعتبر أحوالَ نفسه وغيره عَلِمَ ذلك. فإذا كان هذا في هذه الدَّار، فما الظَّنُّ عند المفارقة والفِطام عن الدُّنيا، والانتقال إلى الله والمصير إليه؟! فليتأمَّل العاقلُ الفَطِنُ النَّاصحُ لنفسه هذا الموضعَ حقَّ التَّأمُّل، ولْيَشْغَل به محلَّ أفكاره (٢)، فإن فَهِمَه وعَقَله واستمرَّ إعراضُه:
(١) (ت): «العارض». (٢) (ط): «كل أفكاره». وفي (ق): «وليشعل» بالمهملة.

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