souffre jamais autant que lorsqu’il désespère de pouvoir s’en rapprocher, tandis qu’un autre jouit de son amour et de son intimité, alors même qu’il lui est toujours possible (1) de se consoler par un autre bien-aimé semblable, voire meilleur. Que dire, dès lors, d’une âme qui a perdu son Véritable Bien-Aimé — Celui pour l’amour duquel elle a été créée, et sans l’amour duquel elle ne saurait connaître ni perfection ni salut — si cet Amour n’est pas, pour elle, plus cher que tout le reste ? Or ce Bien-Aimé est Celui qu’aucun autre ne saurait remplacer, sous quelque rapport que ce soit (2), comme l’a dit le poète :
De toute chose perdue, tu peux trouver un substitut ;
Mais de Dieu, si tu Te détournes, point de substitut (3).
Si le fait qu’Allah — exalté soit-Il — se voile à Son serviteur n’était pas le plus sévère des supplices, Il n’en aurait pas menacé (4) Ses ennemis. Il a en effet déclaré : « Non ! Ce jour-là, ils seront bel et bien voilés de leur Seigneur ; puis, ils brûleront certes dans la Fournaise. » ⦗Les Frauduleux, 15-16⦘. Il annonce ainsi deux tourments : le premier est la privation de Sa vision, le second la combustion dans la Fournaise ; or l’un de ces deux châtiments surpasse l’autre en rigueur.