Et Sa parole : « … et que vous associiez à Allah ce pour quoi Il n’a fait descendre aucune preuve » (Les Murailles, 33) implique l’interdiction du principe même de l’injustice à l’égard d’Allah. Cela entraîne, en contrepartie, l’obligation de la justice envers Lui : Le servir exclusivement, sans aucun associé.
En effet, l’âme possède deux facultés : la cognitive et la pratique. L’action humaine est un acte voulu, dépendant de la volonté du serviteur ; or toute volonté vise un objet voulu (1). Celui-ci est soit voulu pour lui-même, soit voulu pour autre chose qui, tôt ou tard, se ramène à ce qui est voulu pour soi. La faculté pratique exige donc que l’âme ait un objet désiré qui la perfectionne. Si cet objet est évanescent et périssable, la volonté disparaît avec lui et l’âme se retrouve sans but ; elle se voit alors privée de la plus grande part de son bonheur et de sa réussite. Il faut donc que l’objet qu’elle recherche, qu’elle aime et qu’elle préfère pour atteindre sa perfection soit permanent, impérissable et indestructible – et nul autre qu’Allah ne possède ces attributs.
Nous expliquerons, si Allah le veut, dans peu de temps, le sens du rattachement de la volonté à Lui, le fait qu’Il soit l’objet voulu tandis que le serviteur Le veut (2). Cette question a dérouté certains théologiens : « La volonté – disaient-ils – ne peut porter que sur un être contingent ; comment l’Éternel pourrait-il être un objet voulu ? » Ils n’ont pas distingué entre la volonté finale et la volonté efficiente, confondant les deux (3).
Le point à retenir est que ces philosophes n’ont jamais évoqué cet aspect dans leur définition de la perfection de l’âme. Ils ont limité celle-ci à la rectification de la convoitise et de la colère : la convoitise consiste, selon eux, à attirer ce qui profite au corps et assure la survie de l’espèce, tandis que la colère sert à repousser ce qui nuit au corps. Ils n’ont pas abordé l’objet que l’esprit aime pour lui-même et ont réduit la perfection cognitive à la seule connaissance théorique, se fourvoyant ainsi lourdement.