Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Ils disent donc : savoir par la raison que le bien est beau et que le mal est vil, puis constater que ce que les messagers ont prescrit est précisément le bien et que ce qu’ils ont proscrit est le mal, constitue une voie qui conduit à croire les messagers véridiques et à tenir pour certain qu’ils ont apporté la vérité de la part d’Allah.

Voilà pourquoi un Bédouin, à qui l’on demandait : « Par quoi as-tu su que Muḥammad est le Messager d’Allah ? », répondit : « Jamais il n’a ordonné une chose dont la raison souhaiterait qu’il l’eût interdite et jamais il n’a interdit une chose dont la raison souhaiterait qu’il l’eût prescrite. » (1)

Ne vois-tu pas comment ce Bédouin a fait de la concordance entre la beauté et la laideur — perception qu’Allah a implantée dans les esprits — et l’enseignement apporté par le Messager une preuve attestant la véracité de sa mission et un signe qui l’accrédite, sans pour autant prétendre que cette concordance (2) ouvrirait la voie à se passer de la prophétie pour s’en remettre au seul jugement de la raison ?

Ils ajoutent encore : une telle conclusion ne vaudrait que si l’on affirmait que ce qu’ont apporté les messagers était déjà fermement établi dans la raison, de façon détaillée, avant même la mission ; ce n’est qu’alors qu’on pourrait dire : « Cette situation ouvre la porte à l’indépendance vis-à-vis de la Révélation. »

Or il est manifeste que reconnaître une beauté et une laideur rationnelles n’implique rien de tel ; tout au plus l’intellect perçoit-il globalement la bonté ou la turpitude que la Loi viendra ensuite expliciter. La raison l’entrevoit dans son ensemble, et la Révélation en donne le détail.

Il en va de même pour la justice : l’intellect en saisit la noblesse, mais déterminer si tel acte particulier est juste ou injuste dépasse ses capacités pour chaque action et chaque contrat. (3)

(1) Voir supra, p. 874. (2) Le manuscrit Q porte « yaqbuh » ; il s’agit d’une faute. (3) Autrement dit : croyance.
قالوا: فعِلمُه من العقل بحُسن الحسَن وقُبح القبيح، ثمَّ عِلمُه بأنَّ ما أمرت به الرسلُ هو الحَسن، وما نهت عنه هو القبيح= طريقٌ إلى تصديق الرسل، وأنهم جاؤوا بالحقِّ من عند الله. ولهذا قال بعض الأعراب، وقد سئل: بماذا عرفتَ أن محمدًا رسولُ الله؟ فقال: ما أمَر بشيءٍ فقال العقل: ليته نهى عنه، ولا نهى عن شيءٍ فقال العقل: ليته أمرَ به (١). أفلا ترى هذا الأعرابيَّ كيف جعلَ مطابقةَ الحُسْن والقُبح ــ الذي ركَّب الله في العقول إدراكَه ــ لِمَا جاء به الرسولُ شاهدًا على صحة رسالته وعَلَمًا عليها، ولم يقل: إنَّ ذلك يفتحُ (٢) طريقَ الاستغناء عن النبوَّة بحاكم العقل؟! قالوا: وأيضًا؛ فهذا إنما يلزمُ أن لو قيل بأنَّ ما جاءت به الرسلُ ثابتٌ في العقل إدراكُه مفصَّلًا قبل البعثة، فحينئذٍ يقال: هذا يفتح بابَ الاستغناء عن الرسالة. ومعلومٌ أن إثباتَ الحُسْن والقُبح العقليَّين لا يستلزم هذا، ولا يدلُّ عليه، بل غاية العقل أن يدركَ بالإجمال حُسْنَ ما أتى الشَّرعُ بتفصيله أو قُبحَه، فيدركُه العقلُ جملةً، ويأتي الشَّرعُ بتفصيله. وهذا كما أنَّ العقلَ يُدْرِكُ حُسْنَ العدل، وأمَّا كونُ هذا الفعل المعيَّن عدلًا أو ظلمًا فهذا مما يَعْجَزُ العقلُ عن إدراكه في كلِّ فعلٍ وعَقْد (٣).
(١) انظر ما تقدم (ص: ٨٧٤). (٢) (ق): «يقبح». وهو تحريف. (٣) يعني: اعتقاد.

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