Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

C’est pourquoi nous avons soutenu (1) que quiconque rejette la beauté et la laideur rationnelles se voit logiquement contraint de nier aussi la beauté et la laideur établies par la Loi (2), quand bien même il prétendrait les admettre. En effet, lorsque la Loi affirme qu’un acte est beau ou blâmable, son énoncé correspond à ce qu’est cet acte en lui-même. Or, si, en réalité, l’acte n’était ni beau ni blâmable, cette affirmation n’aurait pas de référent effectif ; elle se réduirait au simple lien : « Fais-le » ou « Ne le fais pas » — lien qui, d’après vous (3), pourrait très bien se produire à l’inverse de ce qu’il devrait être, la demande portant sur ce qui est interdit et l’interdiction visant ce qui est commandé. Un tel lien, de toute façon, ne rend pas l’acte beau ou blâmable ; au mieux, il le classe parmi les actions ordonnées ou prohibées, de sorte que beauté et laideur se ramènent à ce pur statut de « commandé » ou de « défendu ».

À vos yeux, il n’existe, dans la nature même de l’acte, aucune différence entre ces deux catégories : ce qui est ordonné peut devenir interdit, et inversement. L’ordre comme l’interdiction n’acquièrent donc, par eux-mêmes, aucune qualité de beauté ou de laideur. Il n’y a donc, ni rationnellement ni légalement, aucune beauté ni laideur intrinsèque ; il n’y a qu’un lien entre l’injonction et l’action ou l’abstention.

On n’échappe à cette impasse qu’en reconnaissant que les actes portent en eux-mêmes des propriétés et des caractéristiques qui exigent qu’on ordonne les bons et qu’on interdise les mauvais, qu’on rapporte du bon ce qu’il est véritablement et du mauvais ce qu’il est effectivement (4). Ainsi, l’énoncé possède un référent réel, et l’ordre (5) comme l’interdiction ont un objet stable en soi.

(1) Les manuscrits Q et D portent : « ma qulna » (« ce que nous avons dit »). (2) Le manuscrit Q porte : « al-sharʿiyya » (« juridique / légale »). (3) Le manuscrit T porte : « al-taʿlîq » (« le commentaire »). (4) Les manuscrits de base lisent : « wa-yukhbiru ghayrahu bi-qubhihâ » (« et il en informe autrui »), mais la leçon retenue est plus plausible. (5) Les manuscrits de base portent : « wa-l-amr » (« et l’ordre »), lecture manifestement corrompue.
ولهذا قلنا (١): إنَّ من أنكر الحُسْنَ والقُبحَ العقليَّين لزمه إنكارُ الحُسْن والقُبح الشَّرعيين (٢)، وإن زعمَ أنه مُقِرٌّ به؛ فإنَّ إخبارَ الشَّرع عن الفعل بأنه حسنٌ أو قبيحٌ مطابقٌ لكونه في نفسه كذلك، فإذا كان في نفسه ليس بحسنٍ ولا قبيحٍ فإنَّ هذا الخبرَ لا مخبَر له إلا مجرَّدُ تعلُّق: «افعل» أو: «لا تفعل» به، وهذا التعلُّق (٣) عندكم جائزٌ أن يكون بخلاف ما هو به، وأن يتعلَّق الطلبُ بالمنهيِّ عنه، والنهيُ بالمأمور به، والتعلُّقُ لم يجعله حسنًا ولا قبيحًا، بل غايته أن جَعل الفعلَ مأمورًا منهيًّا، فعاد الحُسْنُ والقبحُ إلى مجرَّد كونه مأمورًا منهيًّا. ولا فرق عندكم بالنظر إلى ذات الفعل بين النَّوعين، بل ما كان مأمورًا يجوزُ أن يقعَ منهيًّا، وبالعكس، فلم يكتسب الأمرُ والنهيُ صفةَ حُسْنٍ ولا قُبحٍ أصلًا، فلا حُسْنَ ولا قُبحَ إذًا عقلًا ولا شرعًا، وإنما هو تعلُّق الطَّلب بالفعل والتَّرك. وهذا مما لا خلاصَ منه إلا بالقول بأنَّ للأفعال خواصَّ وصفاتٍ عليها في أنفسها اقتضت أن يُؤمَر بحَسَنِها، ويُنهى عن سيِّئها، ويُخْبَر عن حَسَنها بما هو عليه، ويُخْبَر عن قبيحها بما تكونُ عليه (٤)، فيكونُ للخبر مخبَرٌ ثابتٌ في نفسه، وللأمر (٥) والنهي متعلَّقٌ ثابتٌ في نفسه.
(١) (ق، د): «ما قلنا». (٢) (ق): «الشرعية». (٣) (ت): «التعليق». (٤) في الأصول: «ويخبر غيره بقبحها». والمثبت أشبه. (٥) في الأصول: «والأمر». وهو تحريف.

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