Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

et demeure constamment nostalgique de son pays natal, au point qu’il ne trouve aucun repos avant de s’y voir de nouveau (1), comme on l’a dit (2) :
« Promène donc ton cœur, si tu le veux, d’un amour à l’autre ;
l’amour véritable reste voué au premier bien-aimé.
Combien de demeures sur la terre le jeune homme peut-il fréquenter ;
sa nostalgie pourtant demeure pour la toute première demeure. »

J’ai moi-même composé quelques vers qui effleurent cette idée :
« Hâte-toi vers les Jardins d’‘Adn, car ils sont
tes premières demeures ; c’est là que se dresse le campement.
Mais nous sommes les captifs de l’ennemi ; verra-t-on
le jour où nous rentrerons chez nous, libres et saufs ? » (3)

Le secret commun à ces considérations est que Dieu — exalté soit-Il — a, selon Son jugement et Sa sagesse, décrété que les fins recherchées ne s’atteignent qu’au moyen des causes qu’Il a instituées pour y conduire. Parmi ces fins figure la plus haute, la plus excellente et la plus illustre des félicités ; elle aussi ne s’obtient que par les causes qu’Il a ordonnées et qui y mènent.

Or, si les objectifs inférieurs, malgré leur fragilité et leur caractère éphémère — se procurer nourriture, boisson, vêtements, descendance, richesse ou prestige en ce monde — ne s’acquièrent qu’au prix de leurs causes propres, comment imaginer que les plus hautes finalités et les stations les plus nobles puissent être atteintes sans le moindre moyen qui y conduise ?

Et l’acquisition de ces moyens (4) n’est possible que dans le séjour de la lutte et du labeur (5) ;

(1) Les manuscrits Qâf et Tâ’ donnent « fîhâ ». (2) Ces deux vers sont d’Abû Tammâm ; voir son Dîwân, t. 4, p. 253, ainsi que les Akhbâr d’al-Sûlî, p. 205, entre autres sources. (3) Le poème complet figure dans Târîq al-Hijratayn, p. 108-115 ; l’auteur cite fréquemment ces deux vers dans ses ouvrages. (4) Les manuscrits lisent ainsi, en sous-entendant le khabar (prédicat), « mumkinan » (possible) ; on pourrait toutefois lire « yumkin » (il est possible). (5) Les manuscrits D et Qâf portent « wa-l-harb » (et la guerre) ; cette leçon reste plausible, mais celle adoptée paraît plus convaincante.
لا يقرُّ قرارُه حتى يرى نفسه فيه (١)، كما قيل (٢): نَقِّل فُؤادكَ حيثُ شئتَ من الهوى ... ما الحُبُّ إلا للحبيبِ الأوَّلِ كم منزلٍ في الأرضِ يَألَفُه الفتى ... وحنينُه أبدًا لأوَّلِ منزل ولي من أبياتٍ تُلِمُّ بهذا المعنى: وحيَّ على جنَّاتِ عدنٍ فإنها ... منازلُك الأولى وفيها المُخَيَّمُ ولكنَّنا سبيُ العدوِّ فهل تُرى ... نعودُ إلى أوطانِنا ونُسَلَّمُ (٣) * فسِرُّ هذه الوجوه أنه ﷾ سبق في حُكمه وحكمته أنَّ الغاياتِ المطلوبة لا تُنال إلا بأسبابها التي جعلها اللهُ أسبابًا مفضيةً إليها، ومن تلك الغايات أعلى أنواع النعيم وأفضلُها وأجلُّها، فلا تُنال إلا بأسبابٍ نَصَبَها مفضيةً إليها. وإذا كانت الغاياتُ التي هي دون ذلك لا تُنال إلا بأسبابها ــ مع ضعفها وانقطاعها ــ، كتحصيل المأكول والمشروب والملبوس والولد والمال والجاه في الدنيا؛ فكيف يُتَوهَّم حصولُ أعلى الغايات وأشرف المقامات بلا سببٍ يفضي إليه؟! ولم يكن (٤) تحصيلُ تلك الأسباب إلا في دار المجاهدة والحرث (٥)؛
(١) (ق، ت): "فيها". (٢) البيتان لأبي تمام في ديوانه (٤/ ٢٥٣)، و"أخباره" للصولي (٢٠٥) وغيرهما. (٣) القصيدة بتمامها في "طريق الهجرتين" (١٠٨ - ١١٥). والمصنف كثيرُ الاستشهاد بالبيتين في كتبه. (٤) كذا في الأصول بتقدير الخبر: ممكنًا. ولعلها: يمكن. (٥) (د، ق): "والحرب". وهي قراءة محتملة، والمثبت أشبه.

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