On rétorquera alors : dans ce cas, l’objection reprend de plus belle – il n’examine pas tant que l’obligation n’est pas établie ; l’obligation n’est pas établie tant que la mission prophétique ne l’est pas ; et la mission ne l’est pas tant qu’il n’a pas examiné.
C’est pourquoi certains ont préféré répondre à cette objection par une autre de même facture, en disant : « Cette conséquence retombe sur les Muʿtazilites, puisque, pour eux, l’obligation relève de la spéculation. » (1)
Cependant, pareille réponse ne sert à rien ; elle ne lève nullement l’objection : tout au plus oppose-t-elle une absurdité à une autre, sans le moindre profit pour la réfuter.
Cela même atteste la fausseté des deux thèses.
Quant à nous, nous possédons dix démarches pour dissiper cette objection ; ce n’est pas ici le lieu de développer la question. Il suffit de noter que les Muʿtazilites ont été acculés par un raisonnement identique à celui qu’ils brandissaient contre autrui. (2)
Parmi ces démarches figure l’argument menant à l’invalidation complète des prescriptions religieuses. Nous l’avons exposé un peu plus haut (3) : l’objet de l’ordre et de l’interdiction n’est autre que l’acte volontaire du serviteur. Or, si l’on nie qu’il dispose d’un tel acte, l’objet même de l’ordre et de l’interdiction disparaît ; dès lors, ordre et interdiction sont caducs, car leur existence sans leur objet est impossible.
Il en va de même pour les autres corollaires déjà énumérés ; inutile d’alourdir le propos en les répétant.
Ils dirent (4) : « Pour notre part, aucune de ces conséquences ne nous atteint, ni d’un côté ni de l’autre, car nous n’avons… »