On rétorque : cette conséquence ne vise en réalité que les Muʿtazilites et ceux qui les suivent, puisqu’ils imposent à Dieu – exalté soit-Il – des obligations et des interdictions par simple analogie avec Ses serviteurs ; or pareille analogie compte parmi les plus corrompues et les plus vaines. Mais en quoi cela empêcherait-il d’affirmer à certains actes des propriétés (1) dont la raison perçoit la beauté ou la laideur, tout en sachant que la promesse de récompense ou de châtiment qui s’y rattache n’a été connue que par la révélation, comme nous l’avons établi ?
Quant à vous, partisans de la négation, vous avez privé les actes de leurs qualités et de leurs caractères inséparables, que l’intellect ne peut jamais concevoir isolément d’eux. Vous avez cru que l’erreur des Muʿtazilites – qui consistent à imposer et à interdire à Dieu – ne pouvait être réfutée qu’au prix de ce déni ; vous vous êtes donc trompés sur les deux points, car la caducité de leur thèse n’exige nullement la négation du beau et du laid intrinsèques, et cette négation est elle-même fausse.
Vos adversaires muʿtazilites, pour leur part, ont reconnu à Dieu une « loi rationnelle » en vertu de laquelle, selon leur entendement, ils Lui imposent et Lui interdisent. Ils se sont imaginé qu’ils ne sauraient établir le bien et le mal qu’en procédant ainsi, et se sont une nouvelle fois trompés sur les deux points : Dieu très-haut ne se compare pas à Ses serviteurs dans Ses actes, pas plus qu’Il ne Se compare à eux dans Son essence et dans Ses attributs. « Rien ne Lui ressemble » – ni dans Son essence, ni dans Ses attributs, ni dans Ses actes. Affirmer l’existence du bien et du mal n’implique donc aucunement ces obligations et interdictions forgées par la seule raison.
Que l’homme avisé médite ces subtilités – véritables points de divergence où se rejoignent les diverses écoles – et il constatera que la plupart n’ont traité que les marges de la question, sans pénétrer son tréfonds ni affronter son onde tumultueuse. Allah est Celui dont on implore le secours.
Quant aux conséquences (2) que vous opposez à vos contradicteurs muʿtazilites, il ne fait aucun doute qu’elles suffisent à ruiner leur position ; à cela s’ajoutent encore bien d’autres implications, plus nombreuses encore, qui manifestent la corruption de leur doctrine.