Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Ainsi, le verset invalide la position des deux groupes :
– ceux qui prétendent que, avant l’envoi d’un messager, leurs actes ne sont pas blâmables en eux-mêmes, mais qu’ils ne le deviennent qu’après l’interdiction explicite ;
– et ceux qui soutiennent qu’ils sont blâmables et que, par la seule raison, leurs auteurs méritent d’être châtiés sans révélation.

Le verset réfute donc ces deux avis et démontre la validité de la voie médiane que nous avons choisie et défendue : ces actes sont intrinsèquement blâmables, mais leurs auteurs ne deviennent passibles de châtiment qu’après l’établissement de la preuve par l’envoi du messager. Il n’existe donc pas de liaison nécessaire (1) entre la reconnaissance rationnelle du bon et du mauvais et le mérite de la récompense ou du châtiment (2). Les textes n’ont établi que le rattachement effectif de la récompense et du châtiment à la révélation et leur dépendance à celle-ci ; ils n’impliquent pas que le jugement d’un acte comme bon ou mauvais, sous tous ses aspects, dépende également de la révélation. Ces deux questions sont distinctes.

Soixante-troisième argument. – Vous dites : « Comment savoir, par la seule raison, qu’Il – exalté soit-Il – est tenu de louer, de blâmer, de récompenser ou de châtier un acte ? Tout cela relève de l’invisible. Comment connaîtrait-on qu’Il agrée tel auteur et se courrouce contre tel autre, qu’Il récompensera celui-ci et châtiera celui-là, alors qu’aucun informateur véridique ne nous l’a rapporté, qu’aucune preuve rationnelle n’indique ce qui L’agrée ou Le met en colère, qu’aucun messager ne nous a transmis Sa science et Son jugement ? Il ne resterait donc qu’à assimiler Ses actes à ceux de Ses serviteurs, et c’est là une des pires analogies, car « rien ne Lui ressemble ». » (3)

(1) Elle n’est pas clairement établie dans le manuscrit D ; Ibn Bardas s’est borné à la recopier telle quelle. (2) Dans les manuscrits de base, on lit : « al-husn wa-l-qubh al-ʿaqliyyayn bi-lâzim » (le bien et le mal rationnels par implication) ; la leçon retenue provient du manuscrit Ṭā. (3) Voir supra, p. 990 ; il n’y a entre les deux passages que de légères variantes orthographiques.
فدلَّت الآية على بطلان قول الطائفتين جميعًا: * الذين يقولون: إنَّ أعمالهم قبل البعثة ليست قبيحةً لذاتها، بل إنما قَبُحَت بالنَّهي فقط. * والذين يقولون: إنها قبيحة، ويستحقُّون عليها العقوبةَ عقلًا بدون البعثة. فتضمَّنت الآية بطلانَ قول الطائفتين، ودلَّت على القول الوسط الذي اخترناه ونصَرناه: أنها قبيحةٌ في نفسها، ولا يستحقُّون العقاب إلا بعد إقامة الحجَّة بالرسالة، فلا تلازم (١) بين ثبوت الحُسن والقُبح العقليَّين وبين استحقاق الثَّواب والعقاب (٢)، فالأدلَّةُ إنما اقتضت ارتباطَ الثواب والعقاب بالرسالة وتوقُّفهما عليها، ولم تَقْتَض توقُّفَ الحُسن والقُبح بكلِّ اعتبارٍ عليها، وفرقٌ بين الأمرين. الوجه الثالث والستون: قولكم: «كيف يُعْلَمُ أنه سبحانه يجبُ عليه أن يمدَح ويَذُمَّ ويثيبَ ويعاقِبَ على الفعل بمجرد العقل؟ وهل ذلك إلا غيبٌ عنَّا؟ فبم يُعْرَفُ أنه رضي عن فاعلٍ وسخطَ على فاعل، وأنه يثيبُ هذا ويعاقبُ هذا، ولم يُخْبِر عنه بذلك مخبِرٌ صادق، ولا دلَّ على مواقع رضاه وسخطه عقل، ولا أخبَر عن معلومه ومحكومه مخبِر؟ فلم يبقَ إلا قياسُ أفعاله على أفعال عباده، وهو مِنْ أفسد القياس؛ فإنه ليس كمثله شيء» (٣).
(١) غير محررة في (د)، رسمها ابنُ بردس رسمًا. (٢) في الأصول: «الحسن والقبح العقليين بلازم». والمثبت من (ط). (٣) انظر ما تقدم (ص: ٩٩٠) وبينهما اختلافٌ يسيرٌ في بعض الحروف.

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