Aussi, Il—exalté soit-Il—connaissait la faiblesse et la fragilité inhérentes à sa nature ; Sa sagesse voulut donc le faire entrer au Paradis afin qu’il voie de ses propres yeux la félicité qui lui était destinée, et qu’il en devienne plus ardent (1), plus empressé et plus pressant dans sa quête. En effet, l’amour d’une chose, le souci de l’obtenir et la nostalgie qu’elle inspire dépendent nécessairement de la représentation qu’on s’en fait ; quiconque a goûté la douceur et la saveur d’un bien (2) supporte difficilement de s’en priver. L’âme, en vérité, est goûteuse et avide : dès qu’elle goûte, elle convoite. C’est pourquoi, lorsque le serviteur goûte à la saveur de la foi et que sa douceur pénètre (3) son cœur, l’amour qu’il lui porte s’y enracine, et jamais plus il ne lui en préfèrera aucune autre chose.
Dans le Ṣaḥîḥ, on lit le hadith marfūʿ rapporté par Abû Hurayra : « Allah interroge les anges : “Que Me demandent Mes serviteurs ?” Ils répondent : “Ils Te demandent le Paradis.” Il leur dit : “L’ont-ils vu ?” Ils répondent : “Non, Seigneur.” Il dit alors : “Que serait-ce s’ils l’avaient vu ?” Ils répondent : “S’ils le voyaient, ils le rechercheraient avec une ardeur encore plus grande.” » (4)
Sa sagesse voulut donc le montrer à leur père, l’y installer, puis rapporter son histoire à ses enfants, si bien qu’ils devinrent comme des témoins oculaires, présents auprès de leur père (5). Celui qui avait été créé pour cette demeure — et pour qui elle fut créée — répondit aussitôt à l’appel ; il s’y hâta, et l’attrait de l’immédiat ne le détourna pas. Il se considère même comme déjà installé dans cette patrie, jusqu’à ce que l’ennemi le fasse captif ; il voit alors le Paradis comme sa première demeure dont il a été expulsé, et demeure constamment nostalgique de son pays natal,