Et quel désaveu, quelle suspension des prescriptions révélées serait plus radicale que cela ?!
Telle est donc l’objection qu’ils vous opposent, de la même manière que vous les avez astreints à une objection semblable lorsque vous avez nié l’attribut divin de la parole, leur rendant ainsi la pareille avec équité.
Soixante et unième point : vous avez déclaré : « Si la bonté et la laideur rationnelles (1) étaient établies, il en résulterait pour elles, en présence comme en l’absence du Législateur, obligation et interdiction ; or cette conséquence est impossible, donc la prémisse l’est également… », et ainsi de suite (2).
Nous disons : la discussion se décline ici en deux questions.
- La corrélation que vous supposez entre la bonté et la laideur rationnelles, d’une part, et l’obligation ou l’interdiction en l’absence de la révélation, d’autre part ;
- L’existence ou la négation même de cette conséquence.
• Quant à la première question, les partisans de la bonté et de la laideur se partagent en deux voies :
– Première voie : reconnaître le lien de corrélation et admettre la conséquence. C’est la position bien connue des muʿtazilites ; c’est sur elle qu’ils débattent, et c’est contre elle que leurs contradicteurs ont dressé la controverse.
– Seconde voie : affirmer la bonté et la laideur (3) tout en proclamant expressément qu’avant la promulgation de la sharîʿa aucune obligation ne pèse sur le serviteur, et que la raison n’impose absolument rien à Allah ; c’est ce qu’ont formulé nombre de jurisconsultes hanafites, ainsi que des hanbalites tels Abû al-Khattâb.