que l’intellect fait affleurer, puis il rattache à celle-ci les diverses catégories de ces actes ainsi que leurs occurrences particulières ; et celle d’entre elles qui se révèle la plus appropriée (1) se voit alors déclarée requise, dotée de pouvoir d’entraînement et d’influence.
Tel est le raisonnement intelligible. C’est ainsi que procèdent les juristes et les théologiens lorsqu’ils examinent les correspondances de la sharîʿa, ses attributs et les causes (ʿilal) auxquelles se lient les prescriptions. Si ce principe leur échappait, la porte se refermerait sur toute discussion concernant l’analogie (qiyâs), les convenances et les sagesses, sur l’extraction de ce que la Loi renferme à cet égard et sur l’attribution des jugements aux qualificatifs qui les requièrent ; car, selon votre prétention, tout se ramènerait (2) à de simples pensées fugitives surgissant dans l’esprit, à un pur produit de l’imagination. Voilà l’une des plus flagrantes absurdités et la plus patente des impossibilités.
D’ailleurs, vos contradicteurs vous ont traités avec équité lorsqu’ils vous ont imputé la conséquence nécessaire de cette doctrine : si l’on ôte aux actes humains toute bonté ou laideur pour les réduire au seul fait que l’adresse divine les vise, les significations rationnelles déduites des sources scripturaires s’effondrent. Il ne serait plus possible de comparer une action à une autre, ni une parole à une parole ; on ne pourrait même plus demander : « Pourquoi cela ? », puisque les essences n’admettent aucune causalité et que les actes ne possèdent, en réalité, aucun attribut auquel les décisions juridiques puissent se rattacher.
Ce serait, proprement dit, abolir la Loi dans son principe même, d’autant plus que ce prétendu « lien » n’est qu’une pure non-réalité ; il n’existerait donc, en vérité, ni bonté ni laideur, ni selon la sharîʿa ni selon la raison. Et la situation devient pire encore si l’on y ajoute la négation absolue de l’acte et du libre choix du serviteur, en affirmant qu’il est entièrement contraint : voici son acte, voilà l’attribut de son acte ; en vérité, il n’a ni acte propre ni attribut (3) quelconque.