On dira donc : « Quelle stupeur qu’un esprit puisse se laisser séduire par de tels propos et ériger sur eux une base si imposante ! C’est bâtir au bord d’un escarpement prêt à s’effondrer. »
Ce qui précède suffit à démontrer la fausseté de ce discours, et nous ajouterons ici qu’il est corrompu tant dans la forme que dans le fond. En effet, l’istimbât (la déduction) consiste à extraire une réalité stable mais cachée, que tout un chacun ne perçoit pas. C’est ainsi qu’on parle de l’« istimbât de l’eau », c’est-à-dire le fait de la tirer de son lieu de jaillissement ; de même, le Très-Haut a dit : « Si, lorsqu’une nouvelle leur parvient, ils la rapportaient au Messager et aux détenteurs de l’autorité parmi eux, ceux qui sont capables d’en pénétrer le sens l’apprendraient » [Coran 4 : 83], autrement dit : ils en dégagent la véritable nature et la conduite à tenir grâce à leur sagacité, leur intelligence, leur foi et leur connaissance des situations de sûreté ou de danger.
Il ne peut donc y avoir de sens valable que pour une chose existante, dotée d’une réalité dissimulée que l’esprit met au jour et extrait. Quant à ce qui est dépourvu de réalité, simple construction mentale (1), il n’y a là aucun istimbât possible : que pourrait-on en extraire ? Il ne s’agit que d’une supposition, d’une pure hypothèse, et l’on ne nomme pas cela istimbât, ni selon la raison ni selon la langue.
Dès lors, l’argument se retourne contre vous, et celui qui l’inverse est plus conforme à la vérité que vous. Nous disons donc : lorsque nous affirmons que « l’intellect a déduit cela de ces actes », nous ne voulons pas dire qu’il ne s’agit que de pensées fugitives ; nous entendons qu’elles étaient bel et bien présentes dans les actes, et que l’intellect les en a tirées par l’istimbât, de la même manière que l’on extrait l’eau contenue dans la terre. Il est manifeste que c’est là ce qui concorde avec la raison et l’usage de la langue, tandis que ce que vous avancez en est étranger aussi bien à la raison qu’à la langue.
Il apparaît donc clairement que la notion d’istimbât n’est légitime que pour une réalité existante que l’intellect fait affleurer,