Deuxième aspect : Le fait, pour les intelligences, de déduire ou, pour les esprits, de poser ce qui n’a aucune réalité relève des pures chimères et des projections imaginaires qui n’engendrent ni science ni objet de science, ni utilité ni corruption. Ce ne sont que représentations abstraites et illusions fabriquées, tout comme les autres constructions strictement mentales que l’esprit échafaude.
Or il est notoire que les significations que l’on extrait des prescriptions juridiques figurent parmi les sciences les plus éminentes, et que la connaissance que l’on en acquiert est, pour les serviteurs, l’une des plus nobles et des plus profitables. Elles constituent la source de leurs intérêts en ce monde et dans l’au-delà. Les effets qu’elles produisent se constatent dans la réalité concrète, s’imposent à l’instinct naturel et sont confirmés par la raison. Comment prétendre, dès lors, qu’elles ne seraient qu’une simple élaboration mentale dénuée de toute existence réelle ?
Troisième aspect : Lorsque l’esprit infère certaines significations et croit que les actes les renferment alors qu’il n’en est rien, il s’agit d’une ignorance composée et d’une croyance fallacieuse ; car se persuader que les actes contiennent ces significations et qu’elles en procèdent, alors que ce n’est pas le cas, revient à appréhender la chose à l’envers de sa réalité : c’est là le summum de l’ignorance.
Comment une telle prétention pourrait-elle être avancée au sujet de la science la plus noble, la plus pure, la plus bénéfique et la plus riche en intérêts pour les serviteurs, ici-bas et dans l’au-delà ? N’est-elle pas le cœur même et la substance de la sharîʿa ? Comment serait-il concevable de l’accuser d’une pareille fausseté et de lui imputer un tel mensonge ?
En somme, l’inanité de cette opinion est trop manifeste pour qu’il soit besoin de se donner la peine de la réfuter ; jamais ne l’a formulée celui qui a ne fût-ce qu’entrevu le parfum du fiqh.
59e aspect : Vous affirmez : « Si ces qualités étaient intrinsèques à l’acte, il s’ensuivrait qu’un même mouvement renferme des attributs contradictoires et des états incompatibles. » (1)