ainsi que l’injustice, la dévastation des récoltes et de la descendance, l’inceste avec sa propre mère et les autres turpitudes, et qu’il perçoit, à l’inverse, ce que recèlent la véracité, la loyauté, la bienfaisance, la justice, la gratitude envers le Bienfaiteur, la chasteté et toute œuvre belle et vertueuse : il est manifeste que les significations inhérentes à ces actes ne sont nullement de simples fabrications de l’esprit ou de pures constructions de l’intellect. Qui le prétend souffre d’un trouble (1) de la raison.
Les significations que renferment les interdictions – celles qui motivent leur illicéité – procèdent des actes eux-mêmes ; elles ne sont pas de simples positions mentales. De même, les significations attachées aux prescriptions – celles qui fondent la beauté de ces actes – ne sont pas de pures élucubrations intellectuelles : ce sont des réalités objectives émanant de la substance même des actes, et leurs effets s’y enchaînent comme les effets des médicaments ou des aliments s’attachent à ceux-ci.
Cette thèse n’est guère différente de celle qui soutiendrait que les forces et les effets que l’on tire des aliments et des remèdes n’ont aucune réalité et ne seraient que de simples notions mentales ; il est évident qu’un tel propos relève de la pure sophistique (2).
Expose donc les finalités globales de la sharîʿa à ton entendement, considère leur lien avec les actes concernés et la façon dont elles en dépendent ; puis examine si tu les trouves être des réalités objectives jaillissant des actes – de sorte que, sitôt l’acte réalisé, son effet en découle – ou bien de simples fictions mentales sans existence réelle.
Si tu veux mesurer la vanité de cette opinion, reprends inlassablement l’examen de ses preuves : tu verras qu’elles comptent parmi les plus grands témoins de son invalidité. En vérité, l’homme doué de raison se passe des arguments du faux pour en établir la fausseté ; l’argument même qu’avance l’adversaire constitue déjà la preuve de son inanité.