Quant à la raison, jamais nous n’avons prétendu – pas plus qu’aucun esprit sensé ne l’a jamais fait – qu’elle puisse, à elle seule, embrasser toutes les subdivisions qu’énonce la charia, au point que, livrée à elle-même, elle parvienne à découvrir tout ce qu’elle contient.
Cela établi, le fond de votre affirmation se résume à ceci : la Loi parfaite a subordonné l’obligation du talion (qisâs) à des conditions qu’il est impossible à la raison de dégager spontanément. Mais qu’en découle-t-il donc ? Qu’est-ce que cela vous apporte (1), alors même que vos contradicteurs vous l’accordent déjà ?
Vous dites encore : « Cela contredit la propriété même qui fonde l’instauration du talion, à savoir la préservation de l’intérêt général. » C’est là, soit une méconnaissance des critères d’une véritable contradiction, soit un simple artifice terminologique par lequel vous nommez “contradiction” le fait que l’intellect ne perçoive pas certaines conditions nécessaires pour que la cause produise son effet !
Ô que c’est étonnant ! Où donc se trouve l’opposition, alors que raison et nature innée attestent du bien-fondé de l’exécution à titre de talion et de l’ordre qu’elle assure au monde, mais demeurent en suspens quant à savoir si ce motif doit être complété par une autre condition ou s’il suffit à lui seul, et quant à la détermination (2) précise de ces conditions ?
La raison saisit donc ce qui relève de sa compétence propre et suspend son jugement sur ce qui lui échappe, jusqu’à ce que la lumière de la Révélation vienne l’éclairer.
Pour expliciter cela :
Cinquante-septième aspect : les prescriptions de la charia relatives au principe même du talion et aux conditions de son application se divisent en deux catégories :
La première concerne ce dont la justesse est reconnue par la raison évidente – aucun esprit sensé n’en doute –, à savoir le principe même du talion et l’harmonie qu’il assure aux intérêts du monde.