Nous répondons : c’est au contraire une multitude d’êtres humains qui demeurent en vie grâce à cette sanction ; car, si l’on abandonnait le meurtrier sans lui mettre la main dessus, les hommes finiraient par s’entre-tuer. Certes, l’exécution du second ne rend pas la vie à la première victime, mais elle assure la survie de l’humanité ; ainsi qu’Allah – Très-Haut – l’a dit : « Dans le talion, il y a pour vous une préservation de la vie, ô vous qui êtes doués d’intelligence. » Or ce sens profond n’est pleinement compris que par les esprits clairvoyants.
Compare donc cette législation, cette sagesse et cet intérêt supérieur avec le délire corrompu qui prétend : « Tuer le criminel n’est qu’une destruction face à une destruction, une agression en réponse à une agression ; ce ne serait blâmable que si la loi révélée ne l’avait pas permis ! » Mets en balance cette affirmation et ce qu’Allah a institué, Lui qui a subordonné aux prescriptions divines les intérêts véritables de Ses serviteurs.
Vous dites encore : « On multiplie la corruption en supprimant deux vies. » — Si vous accordiez aux degrés des intérêts et des nuisances la place qui leur revient, vous ne vous satisferiez jamais d’un tel propos vicié ; car les lois révélées, la nature innée et la raison s’accordent unanimement à faire primer l’intérêt prépondérant. C’est sur ce principe que tient le monde, et notre sujet obéit à la même règle : on supporte la nuisance limitée qu’est l’élimination du meurtrier pour écarter une nuisance générale. Celui dont la raison hésite entre ces deux maux révèle un dérèglement intérieur !
Tous les gens sensés admettent qu’il est louable de sacrifier une partie pour sauvegarder le tout : on ampute le doigt ou la main gangrenée afin de préserver le reste du corps. De même, il est pertinent d’infliger une douleur pour en prévenir une plus grande : saigner les veines, inciser un abcès (1) et autres interventions. Si les sages poussaient jusqu’au bout votre syllogisme défaillant et déclaraient : « Voici une douleur certaine infligée pour repousser une douleur imaginaire », le corps entier périrait. Aux yeux de la raison, il n’existe aucune différence entre cet exemple et votre raisonnement pernicieux.