Peut-on, selon la raison, la religion ou même la nature innée, mettre sur le même pied le meurtre commis par injustice et agression, sans aucun droit, et l’homicide appliqué en talion, comme juste rétribution ?!
Une confusion du même ordre (1) est celle des polythéistes qui assimilent l’usure à la vente, sous prétexte que les deux opérations présentent extérieurement la même forme contractuelle. Or il est évident que la simple similarité d’apparence entre deux actes n’implique nullement leur équivalence réelle ; soutenir le contraire relève de la plus flagrante obstination.
En va-t-il autrement pour la prosternation vouée à Allah et celle accomplie devant une idole ? Sous l’angle visible — poser le front à terre — les deux gestes se ressemblent ; cela suffit-il à les rendre identiques dans leur essence, au point de plonger l’intelligence dans la perplexité et de les faire entrer en concurrence ?!
Il suffit, pour démontrer la fausseté de ce raisonnement, de constater l’accord unanime des esprits sensés : tous jugent répugnant l’homicide qui n’est qu’injustice, tyrannie et agression, et louable celui qui constitue une juste rétribution, un talion, une mesure de dissuasion et d’intimidation. La différence entre les deux est comparable à celle qui sépare la fornication du mariage — voire plus nette encore ; c’est, en réalité, la même distance qu’il y a entre la réforme sur terre et la corruption qui y sévit. Jamais un esprit sain n’a vu ces deux questions se contredire au point d’hésiter entre l’une ou l’autre.
Vous dites : « C’est une destruction qui répond à une destruction, une agression face à une agression. » Certes, mais il s’agit ici d’une destruction bénéfique, porteuse d’intérêt, de sagesse et d’ordre pour le monde, contre une destruction qui n’est que corruption, folie et ruine. Comment pourraient-elles donc être équivalentes ? Comment pourraient-elles s’équilibrer, au point que l’intelligence vacille entre une destruction salutaire et son abandon ?!
Et vous ajoutez : « La première victime ne revient pas à la vie par la mise à mort de la seconde. »