Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Il est en effet notoire que, lorsque l’ordonnateur enjoint à autrui(1) l’accomplissement de son propre acte et lui interdit ce même acte(2), il ruine par là même toute la notion d’obligation religieuse ; car celle-ci n’a de sens que si le sujet responsable est chargé d’un acte qui relève de sa propre capacité, dépend de sa volonté et de son choix.

Mais si vous éliminez ce principe(3) et soutenez au contraire que l’homme est tenu d’accomplir, à proprement parler, l’acte d’Allah lui-même – acte qui n’entre pas dans le pouvoir du serviteur, qu’il est incapable de réaliser et qui ne se produit ni par sa volonté ni par son libre arbitre –, alors vous niez l’obligation religieuse tout en prétendant l’établir, abolissant ainsi, d’un même coup, la Loi et la mission prophétique.

Ils dirent : qu’un esprit juste et perspicace – non l’esprit obtus et sectaire – médite la solidité de cette argumentation ; il n’y trouvera aucune échappatoire.

Ils poursuivirent : vous, partisans du jabrisme, êtes des qadarites en ce que vous niez l’acte même qui fait l’objet de l’injonction. Si vos adversaires méritent le nom de qadarites pour avoir nié l’implication de la puissance éternelle, vous le méritez plus encore pour avoir nié que l’acte revienne au serviteur, qu’il produise un effet et qu’il dépende de sa volonté. Vous avez, en réalité, établi un « décret » (qadar) à la fois contre Allah et contre l’homme :

  • Quant au « décret » que vous imposez à Allah, c’est lorsque vous prétendez qu’Il commande l’exécution de Son propre acte et en interdit l’accomplissement. Or il est évident qu’un tel acte ne saurait être l’objet ni d’un ordre ni d’une défense ; vous affirmez donc un commandement sans acte commandé et une interdiction sans acte prohibé. Voilà du qadarisme à l’état pur appliqué au Seigneur.
(1) Ajout explicatif. Cf. Shifa al-ʿAlil, pp. 226, 412, 413. (2) Omission dans les manuscrits de base ; elle est toutefois indispensable. La phrase correcte apparaîtra plus loin. (3) C’est-à-dire : la voie médiane. (4) Suivant l’édition T, on lit : « nafaytum » (vous avez nié).
ومعلومٌ أنَّ أمرَ الآمِر [غيرَه] (١) بفعلِ نفسِه ونهيَه عن [فعلِ] (٢) نفسِه يُبْطِلُ التكليفَ جملةً؛ فإنَّ التكليف لا يُعْقَلُ معناه إلا إذا كان المكلَّفُ قد كُلِّفَ بفعله [الذي] هو المقدورُ له، التَّابعُ لإرادته ومشيئته. وأمَّا إذا رفعتم ذلك من البَيْن (٣)، وقلتم: بل هو مكلَّفٌ بفعل الله حقيقةً، لا يدخُل تحت قدرة العبد، ولا هو متمكِّنٌ من الإتيان به، ولا هو واقعٌ بإرادته ومشيئته؛ فقد نفيتم التكليف جملةً من حيث أثبتموه، وفي ذلك إبطالٌ للشرائع والرِّسالة جملة. قالوا: فليتأمَّل المنصفُ الفَطِنُ ــ لا البليدُ المتعصِّب ــ صحَّةَ هذا الإلزام، فلن يجد عنه محيدًا. قالوا: فأنتم معاشرَ الجبريَّة قَدَرِيَّةٌ من حيث نفيُكم (٤) الفعلَ المأمورَ به، فإن كان خصومكم قَدَرِيَّةً من حيث نفَوا تعلُّقَ القدرة القديمة، فأنتم أولى أن تكونوا قَدَرِيَّةً من حيث نفيتم فعلَ العبد له، وتأثيرَه فيه، وتعلُّقه بمشيئته، فأنتم أثبتُّم قَدَرًا على الله وقَدَرًا على العبد: * أمَّا القَدَرُ على الله، فحيث زعمتم أنه تعالى يأمرُ بفعلِ نفسِه، وينهى عن فعلِ نفسِه. ومعلومٌ أنَّ ذلك لا يصلُح أن يكون مأمورًا به منهيًّا عنه، فأثبتُّم أمرًا ولا مأمورَ به، ونهيًا ولا منهيَّ عنه. وهذه قَدَرِيَّةٌ محضةٌ في حقِّ الرَّبِّ.
(١) زيادة توضيحية. وانظر: «شفاء العليل» (٢٢٦، ٤١٢، ٤١٣). (٢) ساقطة من الأصول. وهي لازمة. وستأتي العبارة على الصواب. (٣) أي: الوسط. (٤) (ت): «نفيتم».

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