cela n’est recevable que si l’on admet qu’Il possède, en tant qu’Envoyeur qui ordonne et interdit, une parole qui subsiste en Lui-même, ainsi qu’une exigence, une requête, l’amour de ce qu’Il commande et l’aversion de ce qu’Il proscrit.
Mais si l’on ne Lui reconnaît ni parole, ni volonté, ni exigence, ni requête, ni amour, ni aversion inhérents à Son essence, il devient alors absolument inconcevable qu’Il soit un prescripteur ou un prohibiteur, qu’Il envoie des messagers, qu’Il aime l’obéissance et qu’Il déteste la désobéissance.
Les principes de cette faction dépouillent donc le Créateur (1) de Ses attributs de perfection ; ils entraînent la négation pure et simple de la mission et de la prophétie. Or il arrive fréquemment qu’un homme refuse la conséquence nécessaire de sa propre thèse et se contredise en admettant la prémisse tout en rejetant ce qu’elle implique, alors qu’il est indubitable que la fausseté de la conséquence implique celle du principe même.
Quant à vous, gens du jabrisme, ne soyez pas de ceux qui voient la paille dans l’œil de leur frère et ne voient pas la poutre qui traverse le leur. En effet, les qadarites vous ont acculés à un argument dont vous ne pouvez vous dérober ; ils affirment : « Qui nie totalement l’acte du serviteur abroge par là même les prescriptions, l’ordre et la défense ; car l’ordre et la défense ne portent que sur l’acte qui en est l’objet. C’est cet acte qui fait l’objet d’une injonction ou d’une interdiction, qui mérite récompense ou punition. Si donc vous niez l’acte de l’homme, vous supprimez l’objet même de l’ordre et de la défense, et vous les annulez tous deux. Il n’y a aucune différence entre supprimer l’acte commandé ou interdit et supprimer celui à qui l’on commande ou que l’on défend : l’ordre suppose nécessairement un ordonnateur et un acte ordonné, et il ne possède de réalité qu’à travers ces trois éléments — l’ordonnateur, le destinataire de l’ordre et l’acte ordonné. »