Il est rapporté, dans un hadith remontant au Prophète et très célèbre, que certains anges demeurent prosternés devant Allah sans relever la tête depuis leur création, tandis que d’autres restent en rukû‘ (inclinaison) sans se redresser jusqu’au Jour de la Résurrection ; ce jour-là, ils diront : « Gloire à Toi ! Nous ne T’avons pas adoré comme il se doit. » (1)
Or, puisque Son adoration, exalté soit-Il, découle de l’amour et de la vénération qu’on Lui porte, et que l’amour se divise en deux catégories (2) :
– un amour né des bienfaits et de la bienfaisance, qui impose reconnaissance et servitude à la mesure de sa perfection ou de sa déficience ;
– un amour suscité par la beauté et la perfection mêmes de l’Aimé (3), lequel engendre une servitude et une obéissance plus accomplies que le premier ;
il s’ensuit que le mobile de l’obéissance et de la servitude ne sort jamais de ces deux formes d’amour.
Quant à prétendre que l’obéissance puisse procéder d’une crainte pure, dépourvue d’amour, c’est là l’opinion de nombreux théologiens ; ils y voient même le sommet que peut atteindre celui qui connaît Allah (4). Leur thèse erronée veut que l’amour ne puisse viser l’Essence divine, mais seulement Ses créatures, à savoir les délices du Paradis : ils ne L’aiment donc ni pour Sa perfection propre, ni pour Sa bienfaisance, et ils nient que l’on puisse L’aimer pour cela. En réalité, l’objet véritable de leur amour est autre que Lui.