Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Il est rapporté, dans un hadith remontant au Prophète et très célèbre, que certains anges demeurent prosternés devant Allah sans relever la tête depuis leur création, tandis que d’autres restent en rukû‘ (inclinaison) sans se redresser jusqu’au Jour de la Résurrection ; ce jour-là, ils diront : « Gloire à Toi ! Nous ne T’avons pas adoré comme il se doit. » (1)

Or, puisque Son adoration, exalté soit-Il, découle de l’amour et de la vénération qu’on Lui porte, et que l’amour se divise en deux catégories (2) :
– un amour né des bienfaits et de la bienfaisance, qui impose reconnaissance et servitude à la mesure de sa perfection ou de sa déficience ;
– un amour suscité par la beauté et la perfection mêmes de l’Aimé (3), lequel engendre une servitude et une obéissance plus accomplies que le premier ;
il s’ensuit que le mobile de l’obéissance et de la servitude ne sort jamais de ces deux formes d’amour.

Quant à prétendre que l’obéissance puisse procéder d’une crainte pure, dépourvue d’amour, c’est là l’opinion de nombreux théologiens ; ils y voient même le sommet que peut atteindre celui qui connaît Allah (4). Leur thèse erronée veut que l’amour ne puisse viser l’Essence divine, mais seulement Ses créatures, à savoir les délices du Paradis : ils ne L’aiment donc ni pour Sa perfection propre, ni pour Sa bienfaisance, et ils nient que l’on puisse L’aimer pour cela. En réalité, l’objet véritable de leur amour est autre que Lui.

(1) Rapporté par Muhammad b. Nasr dans Taʿzim Qadr al-Salat, nº 260, et par Abou Cheikh al-Asbahani dans al-ʿAzama, nº 515, ainsi que par d’autres, d’après un Compagnon anonyme. Ibn Kathir précise dans son Tafsir (8/3662) : « La chaîne de transmission est convenable. » Un récit semblable existe par l’intermédiaire de Jabir et de ʿAbd Allah b. ʿAmr. (2) Ainsi dans les manuscrits : avec un alif. (3) La copie (T) lit : « et un amour qui naît de la perfection de l’Aimé ». (4) La copie (Q) lit : « al-maʿārif » (les connaissances) ; les deux leçons sont défendables. Cf. al-Sawaʿiq al-Mursala, p. 158, et Madarij al-Salikin, 3/124, 505.
وفي الحديث المرفوع المشهور أنَّ من الملائكة من هو ساجدٌ لله لا يرفعُ رأسَه منذ خُلِق، ومنهم راكعٌ لا يرفعُ رأسَه من الرُّكوع منذ خُلِق إلى يوم القيامة، وأنهم يقولون يوم القيامة: سبحانك ما عبدناك حقَّ عبادتك (١). ولمَّا كانت عبادتُه تعالى تابعةً لمحبته وإجلاله، وكانت المحبةُ نوعان (٢): محبةً تنشأ عن الإنعام والإحسان، فتُوجِبُ شكرًا وعبوديَّةً بحسب كمالها ونقصانها، ومحبةً تنشأ عن جمال المحبوب وكماله (٣)، فتُوجِبُ عبوديَّةً وطاعةً أكمَل من الأولى= كان الباعثُ على الطاعة والعبوديَّة لا يخرُج عن هذين النَّوعين. وأمَّا أن تقعَ الطَّاعةُ صادرةً عن خوفٍ محضٍ غير مقرونٍ بمحبة، فهذا قد ظنَّه كثيرٌ من المتكلِّمين، وهي عندهم غايةُ العارِف (٤)، بناءً على أصلهم الباطل: أنَّ الله لا تتعلَّق المحبةُ بذاته، وإنما تتعلَّق بمخلوقاته مما هو في الجنَّة من النَّعيم؛ فهم لا يحبُّونه لذاته وكماله ولا لإحسانه، ويُنْكِرون محبتَه لذلك، وإنما المحبوبُ عندهم في الحقيقة غيرُه.
(١) أخرجه محمد بن نصر في «تعظيم قدر الصلاة» (٢٦٠)، وأبو الشيخ الأصبهاني في «العظمة» (٥١٥)، وغيرهما من حديث رجلٍ من أصحاب النبي ﷺ. قال ابن كثير في «التفسير» (٨/ ٣٦٦٢): «وهذا إسناد لا بأس به». وروي نحوه من حديث جابر وعبد الله بن عمرو. (٢) كذا في الأصول. بالألف. (٣) (ت): «ومحبة تنشأ عن كمال المحبوب». (٤) (ق): «المعارف». وكلاهما محتمل. وانظر: «الصواعق المرسلة» (١٥٨)، و «مدارج السالكين» (٣/ ١٢٤، ٥٠٥).

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