Or ce mobile est le plus parfait et le plus puissant de tous ceux qui poussent à la servitude : quand bien même on supposerait qu’il fût dépourvu d’ordre et d’interdiction, de récompense et de châtiment, l’homme n’en consacrerait pas moins tout son effort et ne réserverait pas moins son cœur au seul vrai Adoré (1).
C’est dans ce sens que l’un des anciens a dit : « Son amour tire de mon cœur ce que Sa crainte n’en peut tirer » (2). De même, ‘Umar déclara à propos de Suhayb : « Même s’il ne craignait pas Dieu, il ne Lui désobéirait pas » (3).
Telle devrait être, en réalité, l’attitude de tout être doué de raison, comme l’a formulé l’un d’eux :
Suppose que la Résurrection ne nous eût point été annoncée,
Et que le brasier de l’Enfer ne fût pas embrasé ;
Ne resterait-il pas, à bon droit,
Le devoir d’obéir au Seigneur, le plus noble des créatures ? (4)
(1) Le manuscrit T ajoute : « wa-man hadha sha’nuhu fa-huwa al-ma‘bûd al-haqq » (« et celui dont telle est la réalité est l’unique divinité légitime »).
(2) Les manuscrits Q et T lisent : « mâ lâ yastakhriǧuhu qawluhu », leçon fautive. Le texte et sa référence ont déjà été donnés p. 821.
(3) Autrement dit, même sans la crainte d’Allah, l’amour et la vénération qu’il porte à Allah suffiraient à le détourner du péché. Voir : Ṭarîq al-hijratayn, 590 ; Badâ’iʿ al-fawâ’id, 92 ; Maǧmûʿ al-fatâwâ, 10/64 ; Ǧâmiʿ al-masâ’il, 3/315. Cet aṯar est fréquemment cité par les usûliyyûn, les spécialistes de la sémantique et les grammairiens ; certains le rapportent comme ḥadith, mais al-ʿIrâqî et d’autres estiment qu’il est sans origine. Cf. : al-Maqâṣid al-ḥasana, 526 ; Tadrîb al-râwî, 2/162. Une version proche a été transmise au sujet de Sâlim, affranchi d’Abû Ḥuḏhayfa ; Abû Nuʿaym l’a rapportée d’après ʿUmar dans al-Ḥilya, 1/177 ; elle n’est pas authentique (Silsilat al-ḍaʿîfa, 3179).
(4) Le premier vers est attribué au vizir al-Muhallabî dans Yatîmat al-dahr, 2/285 ; le second, également chez lui : « Alaysa bikâfin li-dhî fikratin … ḥayâ’u al-musî’ min al-munʿim ». Ibn al-Ǧawzî les cite tous deux dans al-Mudhiš, 699, sans mention d’auteur.