; vers Lui s’achevait leur marche nocturne, car on ne vante le voyage de nuit qu’au lever de l’aube. Leur religion est celle de l’amour, une religion qui ne connaît point la contrainte ; leur progression est celle des amants, une marche que nul arrêt n’interrompt.
Je professe la religion de l’amour, prenez garde !
Telle est ma foi ; nulle contrainte en religion.
Qui n’adore que forcé n’en recueillera
Que peine et piétinement dans la boue.
Jamais n’égale la course d’un serviteur épris
La démarche de celui que sa voie laisse sans élan.
Dis donc, à qui n’est pas mon frère en brûlants désirs : hélas,
Tu t’es vu frustrer de ta part (1) ; ne te laisse pas abuser par ce qui est moindre.
Les nobles montures de l’amour portent l’amant
Aux plus hauts degrés, bien au-dessus des souverains.
La plus douce des vies, dans les deux demeures, les marchands
L’ont délaissée, la troquant à vil prix, dupes de leur marché.
Si tu veux en saisir la science, lis-la donc, je t’en prie,
Dans les versets de Ṭā-Hā et de Yā-Sīn (2).
Il ne fait aucun doute que la perfection de la servitude dépend de la perfection de l’amour, et que la perfection de l’amour dépend, elle, de la perfection intrinsèque de l’Aimé. Or Dieu — exalté soit-Il — possède la perfection absolue, complète sous tous les rapports, qu’aucune idée de déficience ne saurait effleurer (3). Un tel Être est nécessairement l’objet le plus aimé des cœurs, tant que leurs dispositions innées et leurs intelligences demeurent saines. Et puisqu’Il est ce qu’ils chérissent le plus, Son amour entraîne inéluctablement qu’on Le serve, qu’on Lui obéisse, qu’on recherche Son agrément, qu’on dépense tous ses efforts à L’adorer et qu’on revienne constamment vers Lui (4).