Ainsi, l’objet de la sagesse est une chose, et l’objet de la toute-puissance (1) en est une autre. Toutefois, c’est parce que vous niez la sagesse que vous vous êtes égarés ; vous ne pouvez donc plus distinguer ces deux domaines. Or vos prédécesseurs et vos maîtres ont reconnu que la sagesse ne dépasse pas la conformité de l’attribution de la puissance à ce qu’elle peut atteindre ou la conformité de l’attribution du savoir à ce qu’il embrasse. À partir du moment où vous avez bâti votre doctrine sur ce principe, vous n’avez plus su différencier ce qu’exige la sagesse de ce qu’exige la puissance ; la voie s’est alors obscurcie pour vous et vous vous êtes enfermés dans le plus étroit des passages.
Quarante-cinquième point : vous affirmez : « Si Allah – exalté soit-Il – remettait au serviteur les rênes du libre choix, le laissant agir à sa guise, selon les penchants (2) de sa nature portée vers les voluptés, puis lui accordait des bienfaits sans compter, cela serait plus confortable pour le serviteur et ne choquerait pas la raison. » (3)
Nous vous répondrons : que voulez-vous dire par « remettre au serviteur les rênes du libre choix » ? Entendez-vous qu’Il ne lui impose aucune charge, ne lui donne ni ordre ni interdiction, le traitant comme un bétail livré à lui-même ? Ou entendez-vous qu’Il lui confie ces rênes tout en continuant de le charger d’ordres et de prohibitions ?
Si vous visez la première hypothèse, elle est, aux yeux de la raison, d’une laideur extrême et marque pour l’être humain la plus grande des déchéances ; laissé à ses seuls penchants, il se trouverait inférieur aux bêtes. Il ne serait plus honoré ni préféré à nombre de créatures qu’Allah a distinguées ; bien des êtres – sinon la majorité d’entre eux – lui deviendraient supérieurs. Car il serait détourné de la perfection pour laquelle il est disposé et apte ; voilà une condition plus misérable et une lacune plus grave encore que celle de qui est privé d’une perfection à laquelle il n’est pas, de toute façon, réceptif.