Trente-huitième aspect : vous dites : « Les deux actes, quant aux attributs psychiques, ne font qu’un ; comment donc l’un peut-il être blâmable lorsqu’il émane d’un agent, et le second louable lorsqu’il vient d’un autre ? » (1)
Nous répondons : cette assertion est d’une fausseté et d’une corruption analogues, mais plus graves encore, que celles qui précèdent. Ce serait comme dire : « L’homicide perpétré par l’agresseur et celui exécuté par le justicier appliquant la loi du talion sont, du point de vue des attributs psychiques, un seul et même acte ; comment l’un serait-il répréhensible et l’autre méritoire ? » (2) Ou encore : « La prosternation devant Allah et la prosternation devant une idole constituent, sous le même angle, un seul et même geste ; comment l’une serait-elle louable et l’autre blâmable ? » Y a-t-il illusion plus insensée que cette chimère ?
Jamais Allah n’a considéré ces actes comme équivalents. Le fait qu’Il fasse mourir Son serviteur n’est en rien comparable, quant aux attributs psychiques, à l’homicide commis par une créature ; de même, lorsqu’Il affame, dévêt ou éprouve quelqu’un, cela ne saurait être mis sur le même plan que l’agression qu’une créature inflige à une autre. Prétendre à cette égalité est mensonge et erreur ; la disparité entre ces actes est extrême. L’intelligence saine et la nature innée peuvent-elles vraiment confondre l’acte d’Allah et celui d’une créature ?
Ô merveille ! Parce qu’ils partagent un nom commun – « acte » –, vous les jugez désormais identiques dans leurs attributs psychiques. Croyez-vous (3) que cette égalité découle réellement de la nature des deux actes ? Ce qui a engendré cette chimère pernicieuse, c’est l’unicité du sujet visé et le fait que les deux actes le touchent ; mais cela prouve-t-il qu’ils se valent intérieurement ?
Les fondations d’une question bâtie sur un tel rebord vacillent jusqu’à la ruine : c’est le bord friable d’un ravin prêt à s’effondrer. Et c’est d’Allah que l’on implore le secours.