Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Trente-cinquième point : vous dites : « Allah a laissé les serviteurs se gérer eux-mêmes, si bien que certains se font subir l’injustice, et cela n’est pas blâmable de Sa part, alors que c’est blâmable de la nôtre » (1).

Cet argument est vicié au fondement même du taklîf (la responsabilité religieuse), car celle-ci ne s’accomplit qu’en dotant l’être humain de capacité et de libre arbitre. Or Allah – qu’Il soit exalté – a conféré à Ses serviteurs le pouvoir d’obéir comme de désobéir, de produire le bien comme la corruption. Cette faculté est le pivot de la Loi révélée, des ordres et des interdictions ; sans elle, il n’y aurait ni Loi ni message, ni récompense ni châtiment, et les hommes seraient comparables aux pierres, aux arbres ou aux plantes.

Si le Très-Haut avait empêché Ses créatures d’avoir la capacité de commettre des péchés, il s’ensuivrait l’abolition de la Loi, de la mission prophétique et de la responsabilité morale ; les bénéfices mêmes de l’envoi des messagers disparaîtraient, et il en découlerait des conséquences qu’Allah n’agrée pas. Des finalités louables, qu’Il aime et qui exigent précisément que l’homme puisse choisir entre obéissance et désobéissance, se trouveraient ainsi anéanties ; vouloir l’implication sans ce qu’elle implique est impossible. Nous avons déjà signalé, plus haut dans ce chapitre et au début de l’ouvrage (2), un aperçu de ces sagesses et de ces fins louables.

Si donc le Seigneur – qu’Il soit exalté – avait créé Ses créatures empêchées de tout péché, absolument incapables de le commettre (3), il n’existerait aucune raison justifiant l’envoi des messagers, la révélation des Écritures, les commandements et interdictions, ni la promesse de récompense et de châtiment ; aucune sagesse n’exigerait pareille chose. Ce serait suspendre l’ordre divin dans son ensemble, voire annuler la souveraineté et la louange, alors qu’à Allah appartiennent la création et l’ordre, à Lui la royauté et la louange.

(1) Voir : p. 982. (2) Voir : p. 12, 810, 812-847. (3) Le terme « bi-wajh » n’apparaît pas dans le manuscrit (T).
الوجه الخامس والثَّلاثون: قولكم: «إنَّ الله خلَّى بين العباد وظُلم بعضهم بعضًا، وأنَّ ذلك ليس بقبيحٍ منه، فإنه قبيحٌ منَّا» (١). فذلك فاسدٌ على أصل التكليف؛ فإنَّ التكليفَ إنما يتمُّ بإعطاء القدرة والاختيار، والله تعالى قد أقدَرَ عبادَه على الطَّاعات والمعاصي، والصَّلاح والفساد، وهذا الإقدارُ هو مناطُ الشرع والأمر والنهي، فلولاه لم يكن شرعٌ ولا رسالة، ولا ثوابٌ ولا عقاب، وكان النَّاسُ بمنزلة الجمادات والأشجار والنَّبات. فلو حالَ سبحانه بين العباد وبين القدرة على المعاصي لارتفع الشرعُ والرِّسالةُ والتكليف، وانتفت فوائدُ البعثة، ولَزِم من ذلك لوازمُ لا يحبُّها الله، وتعطَّلت به غاياتٌ محمودةٌ محبوبةٌ لله وهي ملزومةٌ لإقدار العباد وتمكينهم من الطَّاعة والمعصية، ووجودُ الملزوم بدون اللازم محال، وقد نبَّهنا على شيءٍ يسيرٍ من الحِكَم المطلوبة والغايات المحمودة فيما سَلَف من هذا الفصل وفي أوَّل الكتاب (٢). فلو أنَّ الربَّ تعالى خلق خلقَه ممنوعين من المعاصي غيرَ قادرين عليها بوجهٍ (٣) لم يكن لإرسال الرسل وإنزال الكتب والأمر والنهي والثَّواب والعقاب سببٌ يقتضيه، ولا حكمةٌ تستدعيه، وفي ذلك تعطيلُ الأمر جملة، بل تعطيلُ المُلك والحمد، والربُّ تعالى له الخلقُ والأمر، وله الملكُ والحمد.
(١) انظر: (ص: ٩٨٢). (٢) انظر: (ص: ١٢، ٨١٠، ٨١٢ - ٨٤٧). (٣) «بوجه» ليست في (ت).

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