Or, puisque telle est la condition du mensonge et de la véracité, n’est-il pas parmi les plus vaines des absurdités de prétendre qu’ils se valent, d’affirmer que la raison ne préfère la parole véridique qu’en imaginant qu’elle s’accompagne d’éloges, et qu’elle ne fuit le mensonge qu’en s’imaginant qu’il s’agrège à la laideur, exactement comme l’on se figure qu’une corde tachetée recèle une morsure ? Ramener le dégoût (1) qu’inspirent ces turpitudes – les pires qui soient – à un simple fantôme de l’esprit, comparable à l’aversion instinctive provoquée par la corde tachetée, n’est-ce pas là un non-sens manifeste ?
Le seul fait de connaître cette thèse suffit à trancher définitivement en sa défaveur.
Si nous nous mettions à énumérer les monstruosités que le mensonge porte en lui par son essence et par ses attributs, nous dépasserions le millier ; et tout être doué de raison en perçoit, de façon innée et nécessaire, au moins une partie. Jamais Allah n’a mis le mensonge sur le même plan que la véracité. Prétendre leur égalité revient à soutenir que la lumière et l’obscurité se valent, que la mécréance et la foi sont identiques, que la ruine du monde et la destruction des cultures et de la descendance équivalent à sa prospérité ; c’est même comme affirmer que la faim et la satiété, l’abreuvement et la soif, la joie et la tristesse sont interchangeables. Pour l’intellect, il n’y a aucune différence entre la certitude qu’il a de cette vérité-là et de celle-ci.
Trente-et-unième point : votre propos selon lequel « la véracité et le mensonge s’excluent mutuellement, et il est impossible que deux contraires coïncident en toutes leurs qualités… » (2), et ainsi de suite, constitue de votre part un aveu de la vérité et une réfutation de votre propre principe.
En effet, s’ils sont opposés par essence et par attributs, la distinction qu’on en fait – appréciation ou réprobation – ne saurait être ramenée à la seule coutume, à l’éducation, au milieu d’origine ou au simple fait de se conformer aux prescriptions révélées ; elle renvoie nécessairement à leur nature même, et l’essence de l’un