qu’il a été établi que cette inclination est le simple corollaire de la réalité, qu’il est impossible qu’elle se manifeste dans un acte dont l’essence même n’appelle ni intérêt ni approbation, et que la naissance de l’illusion comparative dépend, elle aussi, de cette réalité immuable ; en effet, une telle illusion ne peut surgir à propos d’un acte dont l’essence ne constitue pas la source de ce qui est imaginé (1), si bien que l’esprit ne se livre à la supposition qu’en l’absence de la réalité.
30ᵉ aspect : Vous dites : « Lorsqu’une personne se trouve dans le besoin et qu’elle peut le satisfaire aussi bien par la véracité que par le mensonge, elle choisit la véracité parce qu’elle l’a trouvée associée à la louange ; elle la préfère donc pour la louange qui l’accompagne » (2).
La réponse est, là encore, celle que nous avons déjà donnée : si la véracité s’accompagne de louange, c’est en raison des qualités propres qui la caractérisent et qui appellent naturellement la louange adressée à celui qui la professe.
Comment ne pas le comprendre, alors que le mensonge renferme la ruine de l’ordre du monde ? Jamais le monde ne pourrait se maintenir sur le mensonge, ni pour les affaires d’ici-bas ni pour celles de l’au-delà ; bien au contraire, il corrompt à la fois le temporel et le spirituel. Les ravages inséparables du mensonge sont connus aussi bien des gens d’élite que du commun.
De plus, le mensonge est la source de tout mal et de toute perversion, et le pire des membres est une langue menteuse (3) !
Combien de royaumes et de puissances ont été renversés par le mensonge, combien de contrées dévastées, de bienfaits confisqués, de moyens de subsistance interrompus, de intérêts publics ruinés ! Combien d’inimitiés ont été semées, d’affections déracinées, de riches jetés dans la misère, de notables abaissés, d’honneurs violés, de femmes vertueuses diffamées ! Et combien de demeures et de palais se sont retrouvés vides par sa faute,