Votre attitude, en somme, revient à celle de celui qui déclare : « Manger des aliments, des nourritures ou prendre des remèdes n’est pas, en soi, une chose bonne, car l’ingestion s’accompagne d’une légère brûlure bilieuse à l’orifice de l’estomac(1) qui pousse celui-ci à rechercher la nourriture nécessaire au maintien de la constitution ; il en va de même pour les médicaments, etc. »
Or il est notoire que ces excitations, ces mobiles et ces causes d’inclination ne sauraient contredire l’exigence intrinsèque ni les qualités propres qui rendent ces éléments bénéfiques. De la même manière, les ressorts, mobiles et penchants qui naissent chez l’auteur d’un acte de bienfaisance, chez le sauveteur du noyé ou de la victime d’un incendie, chez celui qui délivre un homme de la perdition, n’entrent nullement en conflit avec les propriétés inhérentes de ces actes : celles-ci commandent leur beauté et font apparaître la laideur de leurs contraires.
Vingt-cinquième point : Vous dites : « Il se met à la place de la personne en détresse, puis imagine quelqu’un d’autre se détournant du sauvetage ; il trouve cela blâmable parce que cela contredit son propre intérêt, et il repousse ainsi loin de lui cette laideur supposée »(2).
Nous répondons : Cette laideur supposée ne provient que de la laideur bien réelle qu’il y a à refuser une bienfaisance que l’on est pourtant capable d’accomplir sans en souffrir. La laideur est effective dans le fait de ne pas secourir, et seulement hypothétique dans l’image que l’on se fait de soi-même dans cette situation tandis qu’autrui ne viendrait pas à votre aide. Sans cette réalité, l’intellect n’aurait jamais porté un jugement de laideur sur ce scénario imaginaire. Que le secours réponde à l’intérêt de la personne et que son omission s’y oppose ne fait pas disparaître le fait que, par essence, l’un est beau et l’autre laid ; ce n’est que parce qu’il concorde avec le dessein(3)