de tous les arguments possibles ; car ils estiment, avant tout, que cette opinion est vraie par elle-même, nourrissant la meilleure opinion qui soit à l’égard de ceux qui la professent. Ainsi, s’ils se dépouillaient de l’amour qu’ils portent à leurs alliés et de la haine qu’ils vouent à leurs contradicteurs, s’ils purifiaient leur regard, faisaient preuve de constance dans la quête du savoir et menaient l’examen de la question jusqu’au bout, ils ne tarderaient guère à distinguer la vérité de l’erreur. Mais « l’amour que tu voues à une chose t’aveugle et te rend sourd »(1).
Celui qui regarde d’un œil chargé d’aversion prend les mérites pour des tares ; cela vaut déjà pour la perception visuelle, en dépit de son évidence et de sa clarté — que dire alors de la perception intérieure, surtout lorsqu’elle se heurte à une question complexe ? Tel est, hélas, le fléau de la plupart des hommes.
Si tu en réchappes, d’un péril immense tu seras délivré,
Sinon — je le crains — point de salut pour toi (2).
Vingt-quatrième point : Les facteurs que vous avez énumérés — la compassion née de la communauté d’espèce, le fait de se représenter(3) dans la situation de celui qu’on veut sauver, et autres considérations analogues — accompagnent certes cet acte de bienfaisance ; ils fortifient le mobile qui pousse à l’accomplir, mais n’impliquent nullement qu’on l’en dépouille de la qualité qui fonde sa beauté, ni que son essence ne suffise pas, à elle seule, pour commander sa bonté, quand bien même ces facteurs se trouveraient réunis chez l’agent(4).