C’est là l’image d’un homme qui avance sur une route où les ennemis se sont embusqués sur les bas-côtés, derrière lui et devant lui, sans qu’il en ait conscience (1). S’il lui arrive d’être blessé une première fois par l’une de leurs attaques, il poursuit son chemin plus vigilant : il se tient prêt face à son adversaire et se munit de tout ce qui peut le repousser. Sans la douleur qu’il a goûtée lors du raid soudain de l’ennemi et de son assaut nocturne, jamais son âme n’aurait consenti à se préparer, à se tenir sur ses gardes et à prendre les armes nécessaires.
Ainsi, la grâce d’Allah envers Adam et sa descendance se trouve parachevée en ceci : Il leur a montré ce que l’ennemi avait fait à leur égard et à celui de leur père, si bien qu’ils purent se prémunir contre lui et se préparer comme il convient.
Si l’on objecte : « Allah aurait pourtant pu les soustraire totalement au pouvoir de l’ennemi », nous répondons : Il a déjà été établi qu’Il, exalté soit-Il, a créé Adam et ses fils selon une constitution qui implique nécessairement qu’ils côtoient leur ennemi et soient éprouvés par sa présence. S’Il l’avait voulu, Il les aurait façonnés semblables aux anges, purs esprits dépourvus de passions (2), et l’ennemi n’aurait eu aucun accès jusqu’à eux ; mais, créés ainsi, ils auraient appartenu à une autre espèce que la lignée d’Adam, car les fils d’Adam sont composés à la fois de raison et de désir.
- De plus, puisque l’amour exclusif d’Allah est l’apogée de la perfection du serviteur et son bonheur – nul épanouissement ni félicité ne sont possibles sans lui –, et puisque l’amour authentique ne se réalise qu’en préférant l’Aimé à tout ce que les âmes convoitent et en supportant les épreuves les plus rudes pour Lui obéir et rechercher Sa satisfaction, c’est ainsi que l’amour se confirme et que sa présence dans le cœur est avérée. Il a donc découlé de Sa sagesse, exalté soit-Il, de les faire séjourner dans cette demeure entourée de passions et d’attraits sensibles, afin que, en donnant la préférence au Véritable Bien-Aimé sur ces plaisirs et en s’en détournant,