Et cela suffit à montrer la corruption et la nullité d’une telle prétention ; il suffit que les esprits sains et l’ensemble des gens doués de raison la rejettent. Louange à Allah, Seigneur de l’univers.
Vingt-troisième point : vous dites : « Lorsqu’un grand roi aperçoit un misérable sur le point de périr, il juge bon de le sauver ; la cause en est qu’il veut repousser la souffrance que ressent l’être humain par la compassion naturelle qu’il éprouve pour quelqu’un de sa propre espèce, disposition dont il est impossible de se défaire… » (1) et ainsi de suite. – Cette parole est d’une extrême perversité.
Car, en substance, elle revient à soutenir que ce magnifique acte de bienfaisance, cette condescendance d’un souverain puissant envers un malheureux à bout de forces, atteint par l’épreuve, privé d’expédients comme de ressources, ne serait pas, en soi, une bonne action ; pour la raison, il n’y aurait pas plus de différence entre cela et le fait de lui jeter une pierre pour l’engloutir. Le tempérament du roi, prétendez-vous, ne s’y incline que par sensibilité d’espèce et parce qu’il se représente lui-même dans une telle détresse, ayant besoin d’un sauveur. Autrement, si l’on isolait l’acte lui-même, en faisant abstraction de ses effets, de ses circonstances et des mobiles qui le suscitent, l’intellect ne porterait aucun jugement favorable à son endroit et ne le distinguerait pas de l’action consistant à précipiter l’homme dans l’eau afin de le noyer !
Une telle affirmation porte en elle-même la preuve de sa fausseté : il suffit de la concevoir pour en percevoir l’absurdité. Parmi les principes premiers, rien n’est plus clair que le fait qu’un tel acte est bon par nature ; il serait donc superflu de le démontrer, car l’on n’argumente que d’un élément plus manifeste vers un autre qui l’est moins. Or, lorsque la conclusion visée est plus évidente que la preuve qu’on avance, toute démonstration tourne à la fatigue et à la perte de temps. Il convient plutôt de présenter la thèse et son contraire dans leur nudité, puis de les soumettre à des esprits qui n’ont pas été façonnés par l’imitation des opinions, que ces dernières n’ont pas gagnés par un consensus transmis de l’aîné au cadet, du père à l’enfant, jusqu’à ce qu’on grandisse avec elles ; de tels esprits se feront un devoir de défendre d’eux-mêmes la vérité à l’aide de tous les arguments possibles.