Car il s’agit là d’alléguer les raisonnements corrompus des polythéistes, raisonnements que Dieu a blâmés et au sujet desquels Il a attesté qu’ils ne comprennent pas ; eux-mêmes ont reconnu que, s’ils avaient su écouter ou raisonner, ils n’auraient pas été voués à la Fournaise.
Peut-on dès lors prétendre que le jugement favorable qu’ils portent, par leur intellect dévoyé, sur le culte des idoles, la Trinité, la prosternation devant la lune, l’adoration du feu ou la vénération de la croix, suffise à prouver la valeur de ces pratiques, au seul motif que certains prétendus esprits éclairés les approuvent ?!
Si l’on objecte : « Voilà pourtant une preuve qui se retourne contre vous, puisque ces intelligences ont conclu à la bonté de ces actes, alors même qu’ils figurent parmi les pires abominations », nous répondrons :
Notre situation et la vôtre ressemble à celle de qui dirait : puisque l’homme atteint de strabisme voit deux lunes, nous ne pouvons plus nous fier à la perception d’un œil sain qui n’en voit qu’une ; puisque le fébrile (1) trouve amers la plus douce des eaux et le miel, nous ne pouvons plus nous fier (2) au jugement d’une bouche saine qui les goûte doux et suaves ; puisque l’esprit malade dénigre une parole véridique et atteste de sa fausseté, nous ne saurions plus accorder crédit au témoignage d’un entendement droit qui la déclare authentique – et ainsi de suite.
Si donc la nature originelle et l’intelligence d’une nation ou d’une poignée d’hommes se trouvent altérées, cela invaliderait-il pour autant le témoignage des esprits sains et des dispositions intactes ?!
Et si votre objection était fondée, tout votre mode de démonstration s’effondrerait face à quiconque vous contredirait sur n’importe quelle question : lui aussi est un être doué de raison, et son intellect atteste une conclusion contraire à la vôtre !