Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

de même, si l’on soumet le goût et la raison au miel, on découvre que la répugnance instinctive qu’on peut éprouver à son égard n’a pour fondement qu’une illusion mensongère.

Et lorsque le regard s’arrête sur les charmes d’une femme d’une beauté saisissante, il devient manifeste que l’aversion que l’on ressent à son sujet, sous prétexte que son nom sonne mal, n’est qu’un vain préjugé.

De même, si l’on applique la raison limpide à un cadavre, il apparaît que la répugnance qu’un homme éprouve envers lui – par la crainte qu’il ne se mette à bouger ou à se redresser – n’est qu’un fantasme fallacieux et une illusion corrompue.

Il en va ainsi de tous les cas similaires.

Faut-il dès lors conclure que, si nous soumettons la raison droite au mensonge, à l’injustice, aux turpitudes, au tort causé aux gens, à l’ingratitude pour les bienfaits, au fait de frapper ses parents, d’aller jusqu’à les humilier et les insulter avec excès, et à tout ce qui leur ressemble, elle finira par juger que leur laideur n’était qu’un pur artefact de l’imagination, de la même manière que dans les exemples que vous avez évoqués ?!

Existe-t-il raisonnement plus vicié que le vôtre ?!

Dans les cas que vous avez mentionnés, la raison claire et le sens ont établi qu’il ne s’agissait que d’un jugement imaginaire ; nous ne le contestons pas, pas plus qu’aucune personne douée de raison, car, lorsque nous avons soumis ces jugements à la raison et à l’expérience sensible, leur fondement illusoire est apparu.

En revanche, pour les questions dont la bonté ou la laideur sont inscrites dans l’intellect et dans la nature innée, chaque fois que nous y appliquons la raison limpide, elle ne les juge jamais autrement qu’elles ne sont réellement, à moins qu’ils ne cherchent refuge dans le dabbûs ash-shillâq (1) ;

c’est cette « vérité » même qui renferme leur perte.

(1) Le dabbus : massue au sommet cylindrique, d’une extrême solidité. Le shilaq : jeu sanglant de l’époque mamelouke où deux équipes s’affrontaient violemment, provoquant, selon al-Dhahabi, de graves troubles à Damas ; al-Qazwini le décrit dans Athar al-bilad (p. 123). Voir : Tarikh al-Islam (14/361 ; 15/614, 897), al-Suluk d’al-Maqrizi (2/695 ; 3/170), al-Khitat (2/96), al-Nujum al-zahira (10/122) et al-Madkhal d’Ibn al-Hajj (2/53). Les verbes dérivés sont yushaliq et yashtaliq ; la racine provient de shalq (« frapper ») et n’est pas d’origine arabe pure. Cf. : Al-Ayn (5/41) et al-Jamhara (p. 875). En raison de la vigueur de ce dabbus dans le shilaq, l’expression sert de métaphore pour désigner ce sur quoi l’on compte le plus et qui porte le coup le plus décisif. Al-Balaqini connaissait par cœur le Mukhtasar d’al-Mundhiri sur les Sunan d’Abu Dawud et disait : « C’est un dabbus shafin (une massue qui guérit) ! ». Voir : Lahz al-alhaz d’Ibn Fahd (p. 139). Cette métaphore insolite apparaît ailleurs dans les ouvrages de l’auteur ; cf. Al-Kafiya al-shafiya (2/533) et supra, p. 36. Dans certains manuscrits, shilaq est altéré : (Q) al-salaq, (T) al-talaq ; dans quelques témoins d’al-Kafiya : al-shiqaq.
وكذلك إذا سُلِّط الذَّوقُ والعقلُ على العسل تبيَّن أنَّ نُفرة الطَّبع عنه مستندُها الوهمُ الكاذب. وإذا تأمَّل الطَّرفُ محاسنَ الجميلة البديعة الجمال تبيَّن أنَّ نُفرتَه عنها لقُبح اسمها وهمٌ فاسد. وإذا سُلِّط العقلُ الصَّريحُ على الميِّت تبيَّن أنَّ نُفرة الرَّجل عنه لتَوهُّم حركته وثَوَرانه خيالٌ باطلٌ ووهمٌ فاسد. وهكذا نظائر ذلك. أفترى يَلْزَمُ من هذا أنَّا إذا سلَّطنا العقلَ الصَّريحَ على الكذب، والظُّلم، والفواحش، والإساءة إلى النَّاس، وكُفران النِّعم، وضَرْب الوالدين، والمبالغة في إهانتهما وسبِّهما، وأمثال ذلك= تبيَّن أنَّ حُكمَه بقُبحِها وهمٌ منه، ليكون نظيرَ ما ذكرتم من الأمثلة؟! وهل في الاعتبار أفسدُ من اعتباركم هذا؟! فإنَّ الحُكمَ فيما ذكرتم قد تبيَّن بالعقل الصَّريح والحِسِّ أنه حكمٌ وهميٌّ، ونحن لا ننازعُ فيه ولا عاقل؛ لأنَّا لمَّا سلَّطنا عليه العقلَ والحِسَّ ظهر أنَّ مستندَه الوهم، وأمَّا في القضايا التي رُكِّبَ في العقول والفِطر حُسْنُها وقُبحها فإنَّا إذا سلَّطنا العقلَ الصَّريحَ عليها لم يحكُم لها بخلاف ما هي عليه أبدًا، إلا أن يَلْجَؤوا إلى دبُّوس الشِّلاق (١)؛ وهو الصِّدقُ المتضمِّنُ هلاكَ
(١) الدبُّوس: هراوةٌ مُدَمْلَكةُ الرأس، شديدة البأس. والشِّلاق: لعبةٌ داميةٌ في العهد المملوكي، يتقاتلُ فيها الفريقان أشدَّ القتال، وكان يترتبُ عليها شرٌّ كبيرٌ ومفاسد بدمشق، كما يقول الذهبي، ووصفها القزوينيُّ في «آثار البلاد» (١٢٣). انظر: «تاريخ الإسلام» (١٤/ ٣٦١، ١٥/ ٦١٤، ٨٩٧)، و «السلوك» للمقريزي (٢/ ٦٩٥، ٣/ ١٧٠)، و «الخطط» (٢/ ٩٦)، و «النجوم الزاهرة» (١٠/ ١٢٢)، و «المدخل» لابن الحاج (٢/ ٥٣). والفعل منها: يُشَالِق، ويَشْتَلِق. وأصل المادة من الشَّلْق، وهو الضَّرب. وليست بعربيةٍ محضة. انظر: «العين» (٥/ ٤١)، و «الجمهرة» (٨٧٥). ولشدَّة بأس هذا الدبُّوس في الشِّلاق فهو كنايةٌ عن أمضى ما يعتمدُ عليه المرء، وأبلغه نكاية. وكان البلقيني يحفظ مختصر المنذري لسنن أبي داود ويستشهدُ به، ويقول: «هو دبُّوسٌ شافٍ»!. انظر: «لحظ الألحاظ» لابن فهد (١٣٩). وقد وردت هذه الكناية الغريبة في مواضع من كتب المصنف. انظر: «الكافية الشافية» (٢/ ٥٣٣)، وما مضى من الكتاب (ص: ٣٦). وتحرفت «الشلاق» في بعض الأصول، (ق): «السلاق»، (ت): «التلاق»، وفي بعض أصول «الكافية»: «الشقاق».

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