de même, si l’on soumet le goût et la raison au miel, on découvre que la répugnance instinctive qu’on peut éprouver à son égard n’a pour fondement qu’une illusion mensongère.
Et lorsque le regard s’arrête sur les charmes d’une femme d’une beauté saisissante, il devient manifeste que l’aversion que l’on ressent à son sujet, sous prétexte que son nom sonne mal, n’est qu’un vain préjugé.
De même, si l’on applique la raison limpide à un cadavre, il apparaît que la répugnance qu’un homme éprouve envers lui – par la crainte qu’il ne se mette à bouger ou à se redresser – n’est qu’un fantasme fallacieux et une illusion corrompue.
Il en va ainsi de tous les cas similaires.
Faut-il dès lors conclure que, si nous soumettons la raison droite au mensonge, à l’injustice, aux turpitudes, au tort causé aux gens, à l’ingratitude pour les bienfaits, au fait de frapper ses parents, d’aller jusqu’à les humilier et les insulter avec excès, et à tout ce qui leur ressemble, elle finira par juger que leur laideur n’était qu’un pur artefact de l’imagination, de la même manière que dans les exemples que vous avez évoqués ?!
Existe-t-il raisonnement plus vicié que le vôtre ?!
Dans les cas que vous avez mentionnés, la raison claire et le sens ont établi qu’il ne s’agissait que d’un jugement imaginaire ; nous ne le contestons pas, pas plus qu’aucune personne douée de raison, car, lorsque nous avons soumis ces jugements à la raison et à l’expérience sensible, leur fondement illusoire est apparu.
En revanche, pour les questions dont la bonté ou la laideur sont inscrites dans l’intellect et dans la nature innée, chaque fois que nous y appliquons la raison limpide, elle ne les juge jamais autrement qu’elles ne sont réellement, à moins qu’ils ne cherchent refuge dans le dabbûs ash-shillâq (1) ;
c’est cette « vérité » même qui renferme leur perte.