c’est de le divulguer ; or il faut distinguer entre le contenu de l’information (al-khabar) et l’acte même d’informer (al-ikhbâr) : la réprobation ne vise que l’acte d’informer, non l’information en tant que telle.
Et quand bien même nous concéderions tout cela, qu’un jugement rationnel soit empêché par un obstacle ou qu’il tombe faute de condition n’a rien de surprenant.
Cette objection compte donc parmi les plus faibles (1) ; il suffit, pour prendre la mesure de sa fragilité, de constater que le jugement qu’on en tire – et de semblables – ne repose que sur elle !
Vingt-deuxième réponse : l’imagination, ici, s’est précipitée vers l’inverse (2). C’est comme celui qui, voyant deux choses associées, conclut que la première l’est forcément et toujours à la seconde, sans savoir que le particulier accompagne forcément le général, mais non l’inverse.
Vous illustrez cela par l’effroi de l’homme sain devant la corde tachetée, par l’aversion instinctive pour le miel qu’on assimile à des excréments, et par toute la série d’exemples que vous citez (3) : la répulsion envers une belle femme affublée d’un nom disgracieux, le dégoût pour la maison où gît un mort, ou encore la répugnance de beaucoup à l’égard de paroles justes dès lors qu’elles sont attribuées à des personnes jugées suspectes.
Nous ne nions pas que l’imagination influence les âmes, l’amour et la haine ; elle l’emporte même chez la plupart des gens en bien des circonstances. Mais dès que la raison claire s’impose, son erreur devient patente : le jugement qu’elle portait n’était qu’objet d’imagination, non de raison.
De même, lorsque la raison évidente (4) et la perception sensible s’appliquent au cas de la corde tachetée, on découvre que l’aversion naturelle qu’elle suscite n’a pour origine qu’une illusion infondée.