en jugeant une chose d’après ce qui ne saurait servir de critère.
Vingtième point. – Lorsqu’il décide que le mensonge, l’injustice et les turpitudes sont intrinsèquement blâmables, l’intellect ne fait aucune distinction entre sa propre personne et autrui ; il sait que toute raison saine les réprouve, même si certains les commettent par nécessité ou par ignorance. De même qu’il voit juste en les trouvant odieux, il voit juste en rattachant leur laideur à leur essence même, et en les condamnant de façon absolue. Quiconque prétend qu’il se trompe dans l’un quelconque de ces jugements est, en vérité, dans l’erreur à son égard.
Il n’en va pas de même lorsqu’il juge agréable tel aliment, tel vêtement, telle demeure ou telle couleur : il sait alors qu’autrui peut avoir d’autres préférences, ces appréciations variant selon les usages, les nations et les individus. Aussi ne portera-t-il de verdict universel que lorsqu’il sait qu’il ne se rencontre aucune divergence, de la même manière qu’il affirme d’une façon générale que tout assoiffé trouve agréable de boire de l’eau, sauf empêchement, que tout transi apprécie un vêtement qui le réchauffe, sauf empêchement, et que tout affamé trouve agréable ce qui apaise l’âpreté de la faim.
Il s’agit là d’un jugement universel (1) concernant ces réalités sensibles, dans lequel il n’y a nulle erreur, bien que les sensations soient sujettes à la diversité des goûts selon les intérêts, les coutumes et l’habitude. Que doit-on alors penser des universaux rationnels, lesquels ne connaissent aucune variation et ne consistent qu’en affirmation ou négation ?
Vingt-et-unième point. – Vous avancez : « Parmi les sources d’erreur figure le fait qu’une chose soit contraire à l’intérêt en toutes circonstances, sauf dans un cas rarissime que l’on peut ne pas remarquer (2)