du fait que la démonstration rationnelle mettait son erreur en évidence. Or, lorsque cette même démonstration rationnelle confirme son jugement, d’où tenez-vous qu’il se trompe ?!
Si vous objectez : « Dès lors qu’il est établi qu’il se trompe dans un jugement, son verdict n’est plus recevable, puisque l’on ne peut se fier à lui »,
nous répondrons : puisque vous admettez qu’il existe dans la nature deux juges, le juge de l’imagination et le juge de la raison, et que vous attribuez parfois la sentence de la raison à celle de l’imagination (1), allant jusqu’à dire, à propos de certaines propositions dont l’intellect est pourtant absolument certain : « Cela relève du jugement de l’imagination », il ne vous reste alors plus aucune assurance quant aux propositions que l’intellect tranche et prononce ; car il se peut qu’elles reposent sur le jugement de l’imagination et non sur celui de la raison. Il vous faut donc impérativement distinguer l’un de l’autre, et, pour que cette distinction soit possible, il faut que les propositions rationnelles soient nécessaires aussi bien au point de départ qu’à l’arrivée. Or, si vous concédez que certaines propositions nécessaires puissent relever de l’imagination, vous n’avez plus aucun moyen de les distinguer !
Dix-neuvième point. – Le cas que vous avez imaginé, où quelqu’un trouve une chose laide parce qu’elle va à l’encontre de son intérêt puis la trouve belle lorsqu’elle sert son intérêt — ou l’inverse —, concerne le plus souvent les réalités sensibles : nourriture, vêtements, demeures, épouses, etc. Ces domaines varient selon les motivations, les inclinations, les habitudes et les convenances ; il s’agit donc de réalités particulières (2). Quant aux universaux rationnels, ce phénomène y apparaît à peine (3) : la justice, la véracité et la bienfaisance ne seront pas tenues pour belles par certaines intelligences et pour laides par d’autres, comme il arrive que la couleur noire soit désirée, jugée agréable et appropriée par certains, mais honnie par d’autres. Qui fait ce rapprochement s’égare et confond les choses