En résumé, l’affaire se ramène à deux points :
- Il ne porte un jugement de beauté ou de laideur qu’en fonction de la concordance ou de l’opposition de la chose avec son propre intérêt.
- Cette concordance ou cette opposition n’est nullement générale pour toute personne, tout temps et tout lieu, et pas même pour tous les états d’un même individu.
Tel est, en substance, ce que vous avez longuement développé.
On dira donc : il est incontestable que le beau s’accorde avec le désir, tandis que le laid le contredit ; cependant, cette concordance comme cette discordance provient des qualités inhérentes à chacun d’eux qui ont rendu l’accord ou l’opposition inéluctables. Car, s’ils étaient identiques en réalité et que leurs essences (1) n’impliquassent ni beauté ni laideur, rien ne justifierait que l’un d’eux s’accorde avec le désir plutôt que l’autre, ni que l’un reçoive un effet contraire à l’autre.
Le recours que vous faites à l’argument de la convenance ou de la contrariété du désir constitue donc l’une des plus fortes preuves que l’acte, en lui-même, est doté de la qualité pour laquelle il concorde ou s’oppose au désir. Il en va de même pour ce qui, dans les saveurs, les aliments ou les odeurs, plaît ou déplaît : ce qui convient et satisfait l’être humain diffère, par son essence et ses propriétés, de ce qui le repousse et le gêne. Cette affinité ou cette répulsion ne relève pas de la simple habitude, mais des qualités propres de ce qui est adéquat ou inadéquat. Ainsi, le pain, l’eau, la viande et les fruits possèdent des traits qui les rendent compatibles avec la nature humaine, traits absents de la terre, de la pierre, du roseau, du son et assimilés ; qui mettrait ces deux catégories sur le même plan contredirait à la fois son sens et sa raison.
De la même manière, l’accord de certains actes et états avec les intelligences et les dispositions innées, et leur opposition, s’expliquent par ce que