la Loi en a déclaré la laideur, lui ajoutant une hideur à la hideur qu’elle portait déjà, si bien qu’elle devient blâmable des deux points de vue.
Par ailleurs, ces jugements de convenance et de réprobation valent même pour celui à qui l’appel n’a jamais été porté et qui ne reconnaît aucune prophétie.
De plus, le fait que le Messager ordonne tout ce qu’ils comportent de bon et interdise tout ce qu’ils recèlent de mauvais est, en soi, une preuve de sa prophétie et un signe manifeste de sa mission. L’un des Compagnons, interrogé sur ce qui l’avait conduit à embrasser l’islam, répondit : « Jamais il n’a ordonné une chose au sujet de laquelle la raison aurait souhaité qu’il l’interdît, ni interdit une chose au sujet de laquelle la raison aurait souhaité qu’il l’ordonnât. » (1)
Si donc le beau et le laid n’étaient pas inscrits dans les natures et dans les intelligences, les commandements et les interdictions du Messager ne compteraient pas parmi les signes de sa véracité. Or il est établi, pour ceux qui savent, que sa Loi et sa religion figurent parmi les plus éclatantes preuves de sa sincérité et les témoignages les plus sûrs de sa prophétie, comme il a été mentionné plus haut.
Seizième point : vous affirmez que les sources d’erreur où l’imagination se fourvoie se ramènent à trois.
Première source : l’homme applique le qualificatif de « mauvais » à ce qui contrarie son propre intérêt, quand bien même cela correspondrait à l’intérêt d’autrui, parce qu’il ne tient aucun compte de ce dernier ; tout tempérament est épris de soi, et il prononce donc un jugement de laideur absolu. Il a visé juste quant au principe même de la réprobation (2), mais il s’est trompé en rapportant la laideur à l’essence de la chose ; il a omis qu’elle n’est odieuse qu’en raison de l’opposition à son désir, et il s’est encore trompé en la condamnant sans restriction. La racine de son erreur est son incapacité à se tourner vers autrui (3).