Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Cinquième angle : vous avez ouvert la porte au sophisme (1). En effet, contester les connaissances que l’intellect produit nécessairement revient à contester les perceptions de nos sens et les jugements qui en découlent ; quiconque s’adonne à l’obstination dans le domaine de l’intelligible ouvre ipso facto la porte à l’obstination dans le domaine du sensible.

C’est pourquoi le sophisme n’est qu’un état susceptible d’apparaître dans l’un et l’autre registre ; il ne constitue pas, comme l’imaginent certains auteurs de traités doctrinaux (2), une école à part entière dont vivrait un peuple. Aucune communauté, pas même un individu, ne pourrait subsister sur une telle base ni en tirer le moindre intérêt. Il s’agit plutôt d’une disposition passagère qui touche un grand nombre de personnes, avec des degrés variables. Tout partisan d’une doctrine erronée, qu’il le veuille ou non, recourt tôt ou tard au sophisme. Nous consacrerons, si Dieu le veut, un chapitre ultérieur pour montrer que tous les tenants de doctrines fausses sont, de manière explicite ou implicite, proches ou lointaines, des sophistes (3).

Sixième angle : vous avancez : « Quiconque estime que ces deux réalités sont équivalentes pour son intellect s’est écarté des verdicts de la raison » (4).

Réponse : si par « équivalentes » vous entendez qu’elles sont toutes deux, en soi, concevables (5), alors

(1) Terme d’origine grecque passé en arabe, littéralement « sagesse trompeuse » ; il renvoie à un raisonnement fondé sur la ruse et la supercherie et, dans l’usage des théologiens, à la négation délibérée des vérités. On en distingue plusieurs catégories. Voir : al-Taʿrîfât, p. 158 ; al-Muʿjam al-falsafî, 1/658 ; al-Tasʿîniyya, p. 254 ; al-Safadiyya, 1/98 ; Minhâj as-sunna, 2/525. (2) Voir : ar-Radd ʿalâ al-mantiqiyyîn, p. 329 ; ar-Radd ʿalâ al-Bakrî, 1/178 ; Darʾ taʿâruḍ al-ʿaql wa-n-naql, 5/130 et 7/404 ; Majmûʿ al-fatâwâ, 13/151 ; al-Tasʿîniyya, p. 252 ; Naqḍ at-taʾsîs, 1/322 et 2/54. (3) Je n’ai pas trouvé le chapitre indiqué ni dans le reste de l’ouvrage ni dans les autres écrits de l’auteur. (4) Voir p. 972. (5) Ainsi dans les sources principales ; il faut lire : maʿqûlayn (« intelligibles »), attribut de kâna.
الوجه الخامس: أنكم فتحتم بابَ السَّفْسَطة (١)؛ فإنَّ القدحَ في معلومات العقول ومُوجَباتها كالقدح في مُدْرَكات الحواسِّ ومُوجَباتها، فمن لجأ إلى المكابرة في المعقولات فقد فَتَحَ بابَ المكابرة في المحسوسات. ولهذا كانت السَّفْسَطةُ حالًا تَعْرِض في هذا وهذا، وليست مذهبًا لأمَّةٍ من النَّاس يعيشون عليه كما يظنُّه بعض أهل المقالات (٢)، ولا يمكنُ أن تعيش أمَّةٌ ولا أحدٌ على ذلك، ولا تتمُّ له مصلحة، وإنما هي حالٌ عارضةٌ لكثيرٍ من النَّاس، وهي تكثُر وتقلُّ، وما مِنْ صاحب مذهبٍ باطلٍ إلا وهو مرتكبٌ للسَّفْسَطة شاء أم أبى، وسنذكرُ إن شاء الله فصلًا فيما بعدُ نبيِّن فيه أنَّ جميعَ أرباب المذاهب الباطلة سُوفسطائيَّة؛ صريحًا ولزومًا، قريبًا وبعيدًا (٣). الوجه السَّادس: قولكم: «من حكمَ بأنَّ هذين الأمرين سِيَّان بالنسبة إلى عقله خَرَجَ عن قضايا العقول» (٤). جوابه: أنكم إن أردتم بالتَّسوية كونَهما معقولان (٥) في الجملة، فمِنْ
(١) كلمة يونانيةٌ معرَّبة، معناها: الحكمة المموَّهة، وتقوم على الخداع والمغالطة، وصارت في عرف المتكلمين عبارة عن جحد الحقائق. وتنقسم إلى أقسام. انظر: «التعريفات» (١٥٨)، و «المعجم الفلسفي» (١/ ٦٥٨)، و «التسعينية» (٢٥٤)، و «الصفدية» (١/ ٩٨)، و «منهاج السنة» (٢/ ٥٢٥). (٢) انظر: «الرد على المنطقيين» (٣٢٩)، و «الرد على البكري» (١/ ١٧٨)، و «درء التعارض» (٥/ ١٣٠، ٧/ ٤٠٤)، و «مجموع الفتاوى» (١٣/ ١٥١)، و «التسعينية» (٢٥٢)، و «نقض التأسيس» (١/ ٣٢٢، ٢/ ٥٤). (٣) لم أجد الفصل المشار إليه في باقي الكتاب وسائر كتب المصنف. (٤) انظر: (ص: ٩٧٢). (٥) كذا في الأصول. والصواب: معقولين. خبر كان.

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