Ils ont également eu raison lorsqu’ils ont affirmé que, de par Sa propre Essence, rien n’empêche que l’obligation ou l’interdit s’applique au Seigneur, exalté soit-Il. En revanche, ils se sont mépris en rendant cette obligation ou cette interdiction tributaires des exigences de leur seul raisonnement et de leurs opinions ; en réalité, rien ne Lui est obligatoire sinon ce qu’Il S’est prescrit, et rien ne Lui est défendu sinon ce qu’Il S’est interdit. C’est Lui qui a inscrit la miséricorde pour Lui-même, qui S’est engagé à secourir les croyants, à récompenser les obéissants, et qui S’est interdit l’injustice, tout comme Il l’a prohibée entre Ses serviteurs.
Ils ont encore vu juste en disant qu’Il n’aime pas le mal, la mécréance et toute forme de corruption, mais qu’Il les hait, tandis qu’Il aime la foi, le bien, la piété et l’obéissance. Toutefois, ils se sont égarés en réduisant cet amour et cette aversion à de simples significations abstraites tirées de paroles qu’Il aurait créées dans l’air ou dans un arbre, sans les considérer comme des attributs réels subsistant (1) en Lui, conformément à leurs principes fallacieux de négation des attributs. Ainsi, tout en les affirmant, ils ont nié l’amour et l’aversion, les ramenant à la seule législation révélée ; or la Loi divine n’est autre que Son ordre et Son interdiction, et, selon eux, aucun ordre ni interdiction ne subsiste en Lui. Au fond, leur parole revient donc à soutenir qu’il n’existe ni Loi, ni amour, ni aversion, même s’ils enjolivent leur discours (2) et recourent à des artifices pour défendre ce dont ils se sont eux-mêmes fermé la voie.
Ils ont enfin raison lorsqu’ils soutiennent que l’intérêt lié à un ordre peut provenir tantôt de l’acte lui-même, tantôt de l’injonction ; il arrive en effet qu’une action ne renferme, par nature, aucun avantage pour le responsable, mais que, dès lors qu’elle est ordonnée, elle devienne source de bénéfice pour lui par l’effet même de l’ordre.