Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Les transmigrationnistes (1) poussèrent le raisonnement plus loin encore que les Sabéens et déclarèrent : puisque l’espèce humaine se voit dotée d’un certain pouvoir de choisir ses actes et qu’elle est, dans ses connaissances et ses dispositions, caractérisée par la parole et par l’intelligence, elle s’est élevée au-dessus du rang animal d’une élévation telle qu’elle réduit celui-ci à sa merci (2). Si ses œuvres suivent les voies qui conviennent au degré humain, elles s’élèvent jusqu’au rang des anges (3) ; si, au contraire, elles empruntent les voies du rang animal, elles retombent à ce niveau ou plus bas encore. L’homme se trouve donc toujours dans l’une de deux situations : soit il accomplit une action qui appelle une rétribution (4), soit il reçoit rétribution pour une action déjà accomplie. Pourquoi, dès lors, aurait-il besoin, pour ses actes et ses états, d’un semblable qui vienne prononcer sur leur beauté ou leur laideur ?!

Ainsi, ni la raison n’institue ce qui est beau ou laid, ni la Loi révélée ; la beauté de ses actes n’est que la contrepartie de la beauté des actes d’autrui, et leur laideur procède du même principe. Parfois même, cette beauté ou cette laideur se matérialisent (5) sous l’apparence de formes animales spirituelles (6), et parfois la beauté ou la laideur qui résident chez les animaux deviennent, à leur tour, des actes humains (7). Après ce monde, soutiennent-ils, il n’existe plus aucun autre monde (8) où l’on jugerait, où l’on ferait rendre des comptes, où l’on récompenserait ou châtierait.

(1) Ceux qui professent la métempsycose : l’âme passe d’un corps à l’autre et les agréments ou peines que subit l’homme sont fonction de ce qu’il a commis auparavant dans un autre corps, à titre de rétribution. Voir : Al-Milal wa-l-Nihal, t. 1, p. 253 ; Al-Ruh, p. 304 ; Tariq al-Hijratayn, p. 249-250. (2) Le terme istiskhar, dérivé de tashkhir, signifie « mise au service, utilisation » ; il décrit ici la relation de l’homme à l’animal. (3) Nihayat al-Aqdam lit : « ila al-malkiyya ». (4) Nihayat al-Aqdam : « amma fi‘l al-jaza’ ». (5) Nihayat al-Aqdam : « wa rubbama yasir ». (6) Le manuscrit T porte « wa rihaniyya », variante absente de Nihayat al-Aqdam. (7) Les manuscrits de base donnent « wa innama yasir » ; l’édition suit ici la leçon de Nihayat al-Aqdam. (8) Nihayat al-Aqdam : « ‘alam jaza’ » (« monde de la rétribution »).
وزادت التَّناسُخيَّةُ (١) على الصَّابئة بأن قالوا: نوعُ الإنسان لمَّا كان موصوفًا بنوع اختيارٍ في أفعاله، مخصوصًا بنُطقٍ وعقلٍ في علومه وأحواله؛ ارتفَع عن الدَّرجة الحيوانية ارتفاعَ اسْتِسْخارٍ لها (٢)، فإن كانت أعمالُه على مناهج الدَّرجة الإنسانية ارتفعَت إلى الملائكة (٣)، وإن كانت على مناهج الدَّرجة الحيوانية انخفضت إليها أو إلى أسفل، وهو أبدًا في أحد أمرين: إمَّا فعلٍ يقتضي جزاءً (٤)، أو مجازاةٍ على فِعل، فما باله يحتاجُ في أفعاله وأحواله إلى شخصٍ مثله يحسِّنُ أو يقبِّح؟! فلا العقلُ يحسِّنُ ويقبِّحُ، ولا الشَّرع، ولكنْ حُسْنُ أفعاله جزاءٌ على حُسْن أفعال غيره، وقُبح أفعاله كذلك، وربَّما يَظْهَرُ (٥) حُسْنُها وقبحُها صُورًا حيوانيةً روحانية (٦)، وربَّما يصيرُ (٧) الحُسْن والقُبح في الحيوانات أفعالًا إنسانية، وليس بعد هذا العالم عالمٌ آخر (٨) يُحْكَمُ فيه ويحاسَبُ ويثابُ ويعاقَب.
(١) الذين قالوا بتناسخ الأرواح في الأجساد، وانتقالها من شخصٍ إلى شخص، وما يلقى الإنسانُ من الراحة والتعب فمرتَّبٌ على ما أسلفه من قبل وهو في بدن آخر، جزاءً على ذلك. انظر: «الملل والنحل» (١/ ٢٥٣)، و «الروح» (٣٠٤)، و «طريق الهجرتين» (٢٤٩ - ٢٥٠). (٢) الاستسخار من التسخير، بمعنى: الاستخدام. وذلك شأن الإنسان مع الحيوان. (٣) «نهاية الأقدام»: «إلى الملكية». (٤) «نهاية الأقدام»: «إما فعل الجزاء». (٥) «نهاية الأقدام»: «وربما يصير». (٦) (ت): «وريحانية». وليست في «نهاية الأقدام». (٧) في الأصول: «وانما يصير». والمثبت من «نهاية الأقدام». (٨) «نهاية الأقدام»: «عالم جزاء».

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