Les transmigrationnistes (1) poussèrent le raisonnement plus loin encore que les Sabéens et déclarèrent : puisque l’espèce humaine se voit dotée d’un certain pouvoir de choisir ses actes et qu’elle est, dans ses connaissances et ses dispositions, caractérisée par la parole et par l’intelligence, elle s’est élevée au-dessus du rang animal d’une élévation telle qu’elle réduit celui-ci à sa merci (2). Si ses œuvres suivent les voies qui conviennent au degré humain, elles s’élèvent jusqu’au rang des anges (3) ; si, au contraire, elles empruntent les voies du rang animal, elles retombent à ce niveau ou plus bas encore. L’homme se trouve donc toujours dans l’une de deux situations : soit il accomplit une action qui appelle une rétribution (4), soit il reçoit rétribution pour une action déjà accomplie. Pourquoi, dès lors, aurait-il besoin, pour ses actes et ses états, d’un semblable qui vienne prononcer sur leur beauté ou leur laideur ?!
Ainsi, ni la raison n’institue ce qui est beau ou laid, ni la Loi révélée ; la beauté de ses actes n’est que la contrepartie de la beauté des actes d’autrui, et leur laideur procède du même principe. Parfois même, cette beauté ou cette laideur se matérialisent (5) sous l’apparence de formes animales spirituelles (6), et parfois la beauté ou la laideur qui résident chez les animaux deviennent, à leur tour, des actes humains (7). Après ce monde, soutiennent-ils, il n’existe plus aucun autre monde (8) où l’on jugerait, où l’on ferait rendre des comptes, où l’on récompenserait ou châtierait.